C’est le jeudi 14 février, il y a deux semaines, qu’avait lieu la dégustation d’attribution des Sigilles de la Confrérie St. Etienne, un concours qui avait rassemblé pas moins d’une soixantaine de jurés. Cette dégustation avait été largement couverte par voie de presse. Pour mémoire, le nombre de maisons avait légèrement diminué par rapport à l’édition 2018 (45 contre 54), mais avec 260 vins présentés contre 224 l’année précédente… les proportions restaient approximativement les mêmes (une majorité de Riesling et les vins de terroirs (Grands Crus) représentaient un 1/3).
Cette dégustation avait traditionnellement lieu à la mi-janvier, mais la Confrérie St. Etienne ayant choisi de faire correspondre le mandat du Grand Maître et du Major avec l’année civile et donc un Chapitre général fin janvier, elle dut repousser le concours du Sigille à la mi-février.
A cette occasion c’est Jean-Louis Vézien (Grand Maitre 2019) qui présida ce concours aux cotés de Céline Stentz (Major 2019) et Jean-Paul Goulby (Chancelier Receveur).
Hier, lundi 25 février, ont été présentés les maisons et domaines qui ont obtenu le précieux Sigille de la Confrérie St. Etienne ; beaucoup de consommateurs (malheureusement) se diront : encore un concours et une médaille de plus !?! En restant pragmatique et honnête, la réponse serait positive, mais le Sigille de la Confrérie St. Etienne est bien plus qu’une récompense à un simple concours de vins. Ne soyons pas crédules, la majorité des vins vendus aujourd’hui le sont en hyper et supermarchés… un paradoxe qui rend encore plus complexe et peu lisible le choix du consommateur. Là où l’amateur de vins sourit devant les médailles, pour le consommateur classique cela reste un gage de sérieux et un repère pour ne pas se tromper.
Mais avant d’aller plus loin, si on découvrait ce qu’est le Sigille de la Confrérie St. Etienne.

Le nombre de concours en moins de 10 ans a été multiplié par 18, pour en arriver à plus de 200 en 2019 dont 130 certifiés par la DGCCRF. Est-ce un souci pour les vignerons ? Oui, car l’aspect financier est primordial et la multiplicité des concours leur est défavorable, mais cela est moins problématique pour les grosses structures qui multiplient ainsi la possibilité de remporter un maximum de médailles et au final ne communiquer que sur les plus prestigieuses ou les plus porteuses pour leurs marchés cibles.

Pour la Confrérie St. Etienne, toujours axée vers la valorisation des vins d’Alsace et sa conservation dans le temps, la dégustation est ouverte aux confrères, aux œnologues des laboratoires, aux personnels des maisons productrices et aux sommeliers. Pour les autres concours, trouver des jurés est une gageure et de qualité, un exploit. C’est là que réside le talon d’Achille des concours. Beaucoup de concours souhaitant allier publicité et communication ouvrent les concours à des personnes ne possédant pas les bases suffisantes pour se permettre de juger un vin. Dans certains cas une simple attestation sur l’honneur suffit pour devenir juré… est-ce bien sérieux ?

La méthode est importante ; là où certains concours servent un vin référence et donnent ainsi une trame, d’autres laissent libre court aux tables de jurés (3 à 7 dégustateurs). Avec l’inexpérience de certains dégustateurs et la présence de professionnels, vous comprendrez que, bien vite, la table se rangera aux dires de ceux-ci. Encore une fois la Confrérie St. Etienne va plus loin avec une fiche de synthèse qui indique la moyenne des notes des différents jurés et un commentaire général du jury. Le vin est jugé sur sa qualité intrinsèque, sa typicité dans l’appellation et le millésime, avec une mise en avant du cépage ou de l’identité du terroir. Les vins acceptés doivent obtenir au moins 7/10 et le jury doit faire des suggestions d’accords mets/vins et donner une estimation du potentiel de garde… ce qui va bien plus loin que ce qui est demandé dans la majorité des concours.

Le Sigille est un concours agréé au niveau européen et régi par un texte de loi qui impose de récompenser au maximum un tiers des vins présentés par catégorie ; le principe du tiers est présent dans tous les concours français, mais de loin pas généralisé en-dehors de l’hexagone… à l’exception des concours régis par l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). En effet certains concours internationaux vont jusqu’à récompenser 70 à 75 % des échantillons présentés à leur concours. Des concours qui certes posent la question du sérieux mais qui répondent à une problématique inhérente aux maisons de négoce et aux caves coopératives… mettre en valeur des vins pour la grande distribution. De fait, une médaille garantit au producteur un marché et lui permet de négocier ses prix à la hausse.

Le concours est un business et cela commence par son prix ; eh oui les concours coutent souvent cher pour les vignerons. Selon les concours cela va de 60€ (Sigille) à 180€ (Chardonnay du Monde) par vin présenté, en passant par une moyenne de 100€ pour le Concours Général Agricole… n’oublions pas les frais de port. A titre d’exemple, la présélection Alsace pour le dernier Concours Général Agricole a rassemblé une vingtaine  de maisons pour plus de 700 échantillons et là vous n’avez que l’Alsace.
A cela s’ajoute une médaille, un label, un macaron, tous plus affriolants les uns que les autres et ils ont également un coût… eh oui ! En règle générale ils se vendent par 1000 et leurs prix varient de 15€ pour le Concours Général Agricole à 80€ pour les Riesling du Monde, 90€ pour les Sigilles et 110€ pour les Chardonnay du Monde.

La dégustation d’attribution des Sigilles de la Confrérie St. Etienne est certainement l’un des rares concours qui n’est pas un business, mais une volonté de faire toujours rayonner l’excellence des vins d’Alsace dans le temps. Les vins sigillés intègrent l’œnothèque de la Confrérie St. Etienne de manière à être une vitrine des innovations et des talents des œnologues actuels pour les générations futures. Alors oui le Sigille de la Confrérie St. Etienne possède immanquablement un avantage sur tous les concours existant mais encore faut-il le faire savoir.

Vous l’aurez compris, pour le vigneron, c’est un argument commercial de poids auprès des acheteurs et cela ne signifie pas que ces vins soient de moins bonne qualité. Les concours distinguent des vins plutôt dans la moyenne, adaptés au marché et souvent à boire rapidement. Pour le consommateur, une médaille à un concours reste une récompense à une dégustation officielle, mais ne remplacera jamais le conseil ou la dégustation chez un vigneron, un caviste ou même dans le rayon vins d’une grande surface… alors dégustez.