Après m’être enfin « attaqué » à ce terroir mythique qui marque l’entrée sud du vignoble alsacien, je peux remettre le cap au nord et m’intéresser à un autre Grand Cru très réputé, situé cette fois-ci près de la limite nord du Haut-Rhin…vous aurez bien sûr reconnu l’Altenberg de Bergheim.

Une fois n’est pas coutume, le choix du vigneron que j’allais solliciter pour m’aider à mieux comprendre ce Grand Cru ne fut pas chose aisée mais comme j’avais déjà travaillé avec Sylvie Spielmann sur l’étude du Kanzlerberg et que j’avais déjà publié quelques articles sur le domaine Deiss – notamment à l’occasion de leurs journées Portes Ouvertes – j’ai décidé de m’adresser à Georges Lorentz qui dirige depuis 1995 le domaine Gustave Lorentz.

Bien évidemment, j’avais déjà beaucoup entendu parler de cette grande famille vigneronne de Bergheim et j’avais déjà eu l’occasion de goûter leurs vins par le passé mais je n’avais pas encore pris le temps de faire une visite au domaine…une lacune que je vais pouvoir combler avec cette nouvelle étude d’un grand terroir alsacien.

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.

Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.

Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

Comme son nom l’indique, le Grand Cru Altenberg de Bergheim se trouve sur le ban communal de Bergheim, un magnifique village fortifié dont j’ai déjà évoqué l’histoire et les attraits touristiques à l’occasion de mon étude sur le Kanzlerberg.

L’église de Bergheim en mars 2021 avec son nid de cigognes

Si vous passez près de cette cité médiévale remarquablement conservée, n’hésitez pas à aller flâner dans ses rues pour y admirer de très belles maisons vigneronnes avant de vous engager sur la promenade des remparts qui fait le tour d’une partie de ce village. Vous pourrez longer les fortifications constituées d’une double enceinte bien conservée avec ses fossés et ses murs flanqués de tours dont certaines ont été transformées en habitation.

Les rues pavées de Bergheim avec une maison vigneronne datant du milieuu du XVI° siècle.

La promenade des remparts de Bergheim et le château du Haut Koenigsbourg à l’horizon.

Le visiteur plus sportif pourra profiter de nombreux circuits de randonnée autour du village comme le circuit du Grasberg ou dans la montagne vosgienne entre le Taennchel avec ses rochers mystérieux et les châteaux de Ribeauvillé.

Le circuit du Grasberg

Vue sur Thannenkirch et le massif du Taennchel avec le château de Reichenberg au premier plan.

Vue sur les château de Ribeauvillé à partir du coteau de l’Altenberg

Un sentier viticole de 4 kilomètres permettra à l’amateur de vin de découvrir in-situ les différents terroirs de Bergheim avant d’aller déguster quelques vins chez un vigneron local ou dans l’un des restaurants du village.

Sur le sentier viticole de Bergheim

La rue principale de Bergheim où on trouve la fameuse « Wistub du Sommelier »

Le Grand Cru Altenberg de Bergheim occupe une superficie de 35,06 hectares sur la face sud du Grasberg, une colline qui s’élève sur le piémont calcaire entre Bergheim et Rorschwihr.

Une parcelle de vigne au bas de l’Altenberg

Les parcelles classées se trouvent à une altitude de 220 à 330 mètres d’altitude sur des pentes parfois assez fortes, qui vont des premières maisons du village jusqu’à la forêt qui entoure le cimetière militaire au sommet du Grasberg.

Le cimetière militaire allemand du Grasberg…

…et une parcelle du sommet de l’Altenberg vue du cimetière

Comme beaucoup de noms de lieux-dits alsaciens, le vocable « Altenberg » est d’origine germanique et peut se traduire sans difficulté et sans équivoque (pour une fois) par « vieille montagne » ou dans les cas présent « vieille colline ».

Avec sa situation éloignée du front vosgien, son exposition au sud, ses pentes assez fortes et la présence d’un ruisseau – le Bergenbach – coulant à son pied, l’Altenberg de Bergheim bénéficie d’un microclimat propice à la culture de la vigne avec des températures élevées et une hygrométrie très régulière.

Le Bergenbach, un ruisseau qui longe le bas de l’Altenberg et le village de Bergheim

Sur le plan géologique ce Grand Cru est classé par Serge Dubs (« Les Grands Crus d’Alsace » – 2002) dans la famille des terroirs marno-calcaro-gréseux.

Le document de référence du CIVA (« Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien »), décrit le sol de l’Altenberg de Bergheim en ces termes : ce sont des « sols bruns calcaires très argileux sur marne du Lias et du Keuper ».

Excellent connaisseur et grand défenseur de ce terroir, Jean-Michel Deiss nous apporte quelques précisions supplémentaires en nous exposant sa vision personnelle de l’identité de ce Grand Cru : « Dans l’Altenberg trois mondes s’interpellent sous terre : le calcaire Aalénien, formé sous un climat tropical, les marnes du Keuper de la période glaciale et une assisse gréseuse teintée d’oxyde de fer qui souligne la spécificité du Grand Cru. La combinaison de ces différents facteurs constitue l’âme du terroir » (cité par Victor Canales – www.alsace-du-vin.com)

La carrière de calcaire du Grasberg qui ne laisse pas de doute sur le substrat de base de l’Altenberg.

Un pied de vigne dans le haut de l’Altenberg avec ses cailloux calcaires qui affleurent…

…et un pied de vigne dans le secteur central avec plus de terre argileuse et de sable gréseux saturés d’oxyde de fer.

Au niveau physique, le sol de l’Altenberg a une épaisseur de 60 à 80 cm et repose sur une dalle assez compacte. En surface on trouve des limons, des sables, des argiles et beaucoup de cailloux. C’est un sol pauvre en nutriments organiques mais riche en oligo-éléments, où la vigne s’autorégule assez facilement et ne souffre quasiment jamais de stress hydrique grâce à un enracinement très profond.

Un aperçu de l’aspect physique du sol de l’Altenberg sur une jeune plantation située dans la partie haute du Grand Cru

Sur le plan historique, même si on a pu trouver des références à l’Altenberg dans des archives datant du XII° siècle, Médard Barth (« Der Rebbau des Elsass ») nous apprend que ce n’est que vers 1300 que le lieu-dit Altenberg est apparu dans des écrits officiels avec d’autres lieux-dits de Bergheim comme le Rotenberg ou le Burlenberg.

En tous cas, il est évident que la valeur de ces grands terroirs de Bergheim a été reconnue depuis très longtemps : l’historien Claude Muller qui a étudié des textes régissant les échanges commerciaux au XVI° siècle a pu constater qu’en 1521, la qualité d’un cru se mesurait à l’échelle d’une « grille tarifaire en cours au Ladhof de Sélestat, le Hofmiedt », qui taxait les vins en fonction de leur qualité et « c’étaient les vins de Bergheim, de Ribeauvillé et de Riquewihr qui étaient le plus taxés » (Article dans L’Est Agricole du 27 juin 2008).

Le succès des vins de Bergheim a perduré jusqu’à nos jours si bien que l’Altenberg comme le Kanzlerberg ont fait partie de la première sélection de terroirs classés Grand Cru par le décret du 23 novembre 1983.

Dès 1995, les vignerons de Bergheim ont adopté une Charte de Qualité qui limite le rendement maximum à 50 hectolitres à l’hectare, bannit toute chaptalisation et fixe le degré minimum pour chaque cépage, en donnant plus d’importance à la maturité physiologique du raisin qu’à son potentiel alcoolique.

Au niveau de la viticulture, l’Altenberg est considéré comme l’un des terroirs-climat les plus riches et les plus complets mais comme le dit Charles Freyburger « c’est un monstre qu’il faut savoir dompter ».

Sur des pentes parfois assez fortes, la grande majorité des parcelles de vignes sont enherbées et les sols travaillés de façon plus ou moins profonde.

Des parcelles de vignes enherbées situées dans un secteur peu pentu à la limite ouest du Grand Cru

Une parcelle bien plus pentue située au cœur du Grand Cru et avec des rangs travaillés en surface…

…une parcelle avec un labour plus profond un rang sur deux et une autre totalement enherbée avec un désherbage mécanique du cavaillon.

Lors de ma promenade sur le coteau de l’Altenberg de Bergheim j’ai pu constater qu’il y avait beaucoup de haies et d’arbres entre les parcelles de vignes, ce qui permet de créer un biotope riche et équilibré, offrant ainsi aux vignerons la possibilité de mettre en œuvre des pratiques culturales respectueuses de la nature.

Arbustes, haies et vignes sur le coteau de l’Altenberg.

Face à la générosité de ce terroir des vignerons comme Jean-Michel Deiss plaident pour la mise en œuvre de plantations de vignes à haute densité sur l’Altenberg « Si l’on plante 10 000 pieds à l’hectare, la vigne est obligée de renoncer à la superficialité, de s’enfoncer dans le silence profond où s’épanouit la liberté intérieure qui nourrit toute création originale » (cité par Victor Canales – www.alsace-du-vin.com)

Une parcelle plantée à haute densité située à la limite est de l’Altenberg

Au niveau encépagement, le gewurztraminer et le riesling restent actuellement les cépages les plus plantés sur l’Altenberg mais le pinot gris commence à gagner de la place sur ce Grand Cru depuis quelques années.

Convaincus que la culture du mono cépage bride les possibilités du terroir, certains vignerons ont choisi de franchir la barrière des catégories variétales en mettant en œuvre la pratique ancestrale de la co-plantation de tous les cépages traditionnels sur l’Altenberg…mais nous entrons là dans un débat compliqué qui agite le vignoble alsacien depuis longtemps et qui va nous éloigner de notre sujet.

Les vins de l’Altenberg de Bergheim sont puissants, robustes et généreux, structurés par une acidité vigoureuse – Jean-Michel Deiss parle de « torrent acidulé » – et avec des finales marquées par de la salinité et des amers minéraux.

Les rieslings développent des palettes aromatiques subtiles sur les agrumes (orange amère, mandarine, citron mûr…) et les fleurs sauvages (aubépine) avant de laisser apparaître des nuances minérales raffinées (terpènes et truffe blanche).

Selon le sommelier Romain Iltis, les pinots gris et les gewurztraminers de l’Altenberg sont souvent marqués par des « d’orange sanguine et de pâtisserie ».

En bouche, on s’aperçoit très vite que pour les grands vins de l’Altenberg, la présence du terroir vient gommer les arômes de cépage : ils se distinguent par leur vinosité, leur opulence, leur gras enveloppant, leur mâche tannique et leur finale minérale qui leur donne une belle sapidité.

L’Altenberg de Bergheim génère des vins de grande garde : ils commencent à s’exprimer pleinement après 5 ans de vieillissement mais sont capables de se tenir durant des décennies car comme nous le dit Sylvie Spielmann « Sur l’Altenberg on fait des vins pour la postérité ».

Les crus de l’Altenberg sont également de grands vins de gastronomie : le sommelier Romain Iltis estime qu’ils demandent des associations « avec des mets puissants comme un canard à l’orange, un veau en sauce (marengo par exemple), une croûte aux champignons ou des terrines de poissons fumés…sans oublier tous les desserts à base de fruits »

Dernière vue sur un muret en pierres sèches et une parcelle de vigne dans la partie est de l’Altenberg.

…SELON GEORGES LORENTZ

L’entrée du caveau du domaine Lorentz

Dès l’annonce de l’ouverture des frontières départementales, j’ai immédiatement contacté Georges Lorentz, pour organiser cette rencontre et traiter au plus vite la dernière partie de mon étude du Grand Cru Altenberg de Bergheim…quel plaisir de pouvoir respirer à nouveau l’air du vignoble alsacien !

Depuis 1995, Georges Lorentz dirige ce grand domaine alsacien fondé en 1836. Il représente la 7ème génération de cette famille vigneronne de Bergheim.

Avant d’aborder notre sujet du jour, nous commençons par une visite des nouvelles installations du domaine : achevé en 2015, ce bâtiment aux dimensions impressionnantes a permis de regrouper les unités de production sur un seul site.

Initialement établi dans la rue principale de Bergheim, le domaine Lorentz a acquis cette grande structure situé à la périphérie de la vieille ville – elle appartenait à la famille Eschenauer, des négociants bordelais – avant d’entreprendre des travaux de rénovation et d’agrandissement en 2001 puis la construction de la nouvelle cave en 2015 

Les bâtiments du domaine Lorentz qui abritent des espaces techniques (embouteillage, habillage et conditionnement), les bureaux et le caveau de dégustation.

Le rez-de-chaussée de la nouvelle cave avec les cuves à pinot noir équipées pour effectuer des pigeages et des remontages automatiques et les 6 pressoirs…

…alimentés par une girafe et des tapis roulants.

Après une petite heure de promenade dans ces espaces professionnels spectaculaires – 5000 M² sur 2 niveaux – où j’ai pu échanger longuement avec Georges Lorentz sur sa manière de concevoir ses vins dans le cadre de cette grande structure, nous nous retrouvons dans un petit salon à côté de la grande salle de dégustation pour revenir sur le thème principal de cette après-midi.

L’espace de dégustation du domaine Lorentz.

Tout est prêt pour notre entrevue.

Comment définiriez-vous ce terroir ?

Pour Georges Lorentz, l’Altenberg de Bergheim est un « terroir magique » avec une belle unité d’exposition plein sud qui lui donne un « caractère solaire »…qu’on remarque particulièrement en hiver parce que « c’est toujours sur le coteau de l’Altenberg que la neige fond en premier ».

C’est un terroir qui favorise des « maturités élevées et une botrytisation généralisée, importante et régulière sur les pinots gris et les gewurztraminers, un peu moins sur les rieslings dont la botrytisation varie entre 15 à 20% selon les millésimes ».

Au niveau de la composition du sol, l’Altenberg de Bergheim est relativement homogène avec des calcaires, des marnes argileuses et des grès mais on peut quand même y différencier 3 secteurs : un côté est appelé « Steingassel » qui présente des « sols rougeâtres avec un pourcentage important de calcaire et de grès », un côté ouest appelé « Lieth » qui présente « des sols plus bruns avec davantage d’argile » et une bande centrale qui propose une synthèse équilibrée des 2 types.

Une jeune plantation dans le haut du secteur est de l’Altenberg.

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Le riesling, le pinot gris et le gewurztraminer sont capables de faire de très grands vins sur l’Altenberg de Bergheim « à condition qu’on les plante au bon endroit ».

Le riesling se plaira particulièrement sur les sols un peu plus légers du « Steingassel » mais pourra également donner de bons résultats dans le secteur central qui est particulièrement bien adapté aux pinots gris et aux gewurztraminers. 

Situé à l’extrême ouest du Grand Cru, le lieu-dit « Lieth » et ses sols plus riches devrait être dédié exclusivement au gewurztraminer.

Georges Lorentz est convaincu que le terroir de l’Altenberg de Bergheim est capable de générer de grands vins rouges comme le prouve déjà la remarquable cuvée « La Limite » issue d’une parcelle de pinots noirs plantée sur le lieu-dit « Froen » situé juste sous la limite basse du Grand Cru. Mais la démonstration sera surement encore plus probante dans quelques années lorsque les deux parcelles situées au cœur du Grand Cru replantées avec du pinot noir entreront en production…patience !

Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Les vins de l’Altenberg de Bergheim sont « puissants, amples et bien charpentés ».

Leurs expressions aromatiques « très discrètes » dans leur jeunesse ne deviennent « jamais exubérantes » dans le temps. Ils révèlent très souvent un « caractère viril » avec des « matières riches équilibrées par des acidités intenses ».

« La présence régulière de botrytis » marque l’aromatique et l’équilibre des pinots gris et des gewurztraminers.

Pour les rieslings, le cahier de charge du Grand Cru qui exige « des vins à moins de 9 grammes de sucres résiduels », ce qui oblige les vignerons à vendanger assez tôt pour limiter l’apparition de botrytis…mais malgré cela « les maturités physiologiques sont toujours atteintes » et les jus titrent régulièrement « entre 14 et 15 degrés potentiels ».

Comme beaucoup de Grands Crus – et peut-être plus que beaucoup d’entre eux – l’Altenberg de Bergheim donne naissance à des vins de très longue garde : « un vieillissement de 5 ans constitue le strict minimum pour commencer à apprécier ces vins »…mais celui qui voudra les déguster au sommet de leur forme devra les attendre durant 10 ou 20 ans et peut-être même un peu plus !

Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être ce Grand Cru ?

En digne héritier d’une grande famille vigneronne, Georges Lorentz a trouvé son inspiration et ses critères d’excellence en dégustant les vins vinifiés par son grand-père, « un vigneron visionnaire qui produisait une cuvée spéciale sur l’Altenberg de Bergheim bien avant que ce terroir soit classé Grand Cru ».

Lors des années d’après-guerre, il a réussi à acheter un grand nombre de parcelles sur l’Altenberg « à des vignerons qui n’avaient plus envie de crapahuter sur ce coteau », pour constituer ce beau patrimoine viticole avec notamment 13 hectares sur ce Grand Cru.

Parmi tous les vins de la grande œnothèque du domaine, les bouteilles les plus marquantes ont été « des rieslings Altenberg de Bergheim de 1976 et de 1959…des vins puissants et pleins de vie avec des équilibres impeccables entre force et structure ».

Une partie du trésor de la famille Lorentz…

…une œnothèque qui abrite collection de plus de 20000 bouteilles qu’il faut préserver en faisant notamment des séances de rebouchage (là c’est le tour des bouteilles de 1983)

Comment voyez-vous l’avenir de ce terroir ?

L’Altenberg de Bergheim profite d’une réputation incontestable parmi les amateurs de vins d’Alsace « il fait partie des 5 grands crus les plus connus de notre vignoble ».

Les vins nés sur ce terroir n’ont pas eu besoin d’attendre la reconnaissance officielle en tant que Grand Cru pour figurer sur la carte des vins des grandes tables étoilées d’Alsace et d’ailleurs.

Aujourd’hui encore, près de 70% de la production du domaine Lorentz distribuée en France est destinée à la restauration.

Les vignerons de Bergheim profitent aussi de l’attrait touristique exercé par cette partie de notre région ; « notre cité médiévale et ses environs, notamment le château du Haut Koenigsbourg, intéressent toujours de nombreux touristes » 

Georges Lorentz souligne également la grande qualité des hébergements proposés (hôtels et gîtes) mais regrette un peu l’absence de belles tables dans le village.

Afin de faire mieux connaître les terroirs de Bergheim, les vins issus de lieux-dits et des deux Grands Crus du village (Altenberg de Bergheim et Kanzlerberg) sont mis à l’honneur chaque année lors de deux sessions de dégustation – l’une au début du mois d’août et l’autre lors du marché de Noël – organisées dans l’ancienne synagogue par les vignerons locaux…un évènement qui permet à tous les œnophiles de découvrir ou de redécouvrir les grandes cuvées produites dans cette partie du vignoble alsacien.

Vue sur le coteau de l’Altenberg à partir de la terrasse du nouveau bâtiment du domaine Lorentz

Les vins du domaine : quelle conception ?

Avec sa production largement plébiscitée par les restaurateurs, la maison Lorentz a toujours eu comme ambition « de faire des vins de gastronomie » en recherchant un style qui pourrait se résumer en 3 mots « équilibre, pureté et digestibilité ».

Les 35 hectares que le domaine Lorentz a en propriété sont travaillés en viticulture biologique et certifiés Ecocert depuis 2012.

Les vendanges sont à 100% manuelles et les raisins sont pressés entiers avant d’être transférés par gravité dans les cuves de débourbage.

Les cuves de débourbage placées dans la cave sous les pressoirs : chaque cuve est reliée à 2 pressoirs.

Les vins de terroirs du domaine Lorentz sont élevés en foudres et « l’élevage sous bois dure de 11 à 12 mois jusqu’à la mise qui se déroule juste avant les vendanges ».

Une partie de la cave à foudres du domaine.

La cuvée de pinot noir « La Limite » bénéficie d’un élevage de 24 mois en pièces bourguignonnes.

La cave destinée à l’affinage des pinots noirs « La Limite ».

La production du domaine Lorentz est complétée par une activité de négoce qui représente plus d’une centaine d’hectares : les cuvées de négoce et les cuvées de vins de cépage du domaine sont élevées exclusivement en cuve inox.

Le cuvage inox du domaine Lorentz : 75 cuves pour un volume total de 16000 hectolitres.

Pour ce qui est du sulfitage, les vins reçoivent une petite dose de S02 au moment du soutirage et un appoint au moment de la mise en bouteilles.

Aujourd’hui le domaine Gustave Lorentz propose une bonne cinquantaine de cuvées différentes déclinées en plusieurs gammes : « Cuvée Réserve », « Cuvée Particulière » et « Cuvées Evidence » mais aussi 5 cuvées de Grand Cru (Altenberg de Bergheim et Kanzlerberg), 4 cuvées sur des lieux-dits (Burg, Schofweg, Rotenberg, La Limite), 4 cuvées de V.T., 3 cuvées de S.G.N., 4 crémants (Brut, Rosé, Zéro Dosage et Ice)…

Les vins du domaine Lorentz en vente actuellement.

Environ 65% de la production du domaine part à l’export dans une soixantaine de pays mais principalement en Suède, aux Etats-Unis, en Belgique et aux Pays-Bas.

« C’est ce qui nous a permis de tenir durant la pandémie »…mais il va sans dire que Georges Lorentz et ses collaborateurs ont hâte de pouvoir accueillir à nouveau des amateurs de vins dans leur magnifique caveau de dégustation.

Le caveau du domaine Lorentz prêt pour recevoir les visiteurs qui ne manqueront pas d’affluer après la levée des restrictions sanitaires

Et dans le verre ça donne quoi ?

En guise de mise en bouche Georges Lorentz me propose de découvrir quelques cuvées spéciales actuellement à la vente au domaine :

  • Crémant Zéro Dosage : expression olfactive raffinée, notes de citron frais et de biscuit au beurre, attaque vive et franche, Matière assez généreuse tendue par une belle acidité et stimulé par une bulle très fine, finale fraîche et sapide.

Réalisé à partir des jus de 2018, ce crémant dégorgé en octobre 2020 révèle un équilibre très abouti entre richesse et vivacité.

Voilà une bulle alsacienne qui pourra être proposée à l’apéritif mais qui saura également très bien se tenir à table.

Allez, on passe aux choses « sérieuses » !

  • Alsace Qui l’eût cru ? 2020 : nez très charmeur dominé par de jolies fragrances florales, bouche agréable avec une attaque souple et un développement tout en suavité malgré un petit grip tannique qui se fait sentir progressivement, finale tonique avec des amers salivants.

Cette petite « nouveauté » issue d’un assemblage de sylvaners, pinots blancs, pinots gris et gewurztraminers qu’on a laissés macérer durant une nuit dans le pressoir avant le pressurage, est un vin orange « soft » qui se déguste avec plaisir et facilité dès aujourd’hui.

Voilà une ouverture vers de nouveaux horizons gustatifs tout à fait réussie !

  • Pinot Noir La Limite 2015 : olfaction très agréable, palette sur les fruits rouges frais et le bois de réglisse sur un fond discrètement mentholé, bouche solide mais très élégante, bel équilibre entre concentration et structure, finale sapide avec un long retour réglissé et mentholé.

Ce pinot noir né sur une parcelle située à la limite du Grand Cru Altenberg, a été réalisé à partir d’une vendange égrappée à 100%, macérée durant deux semaines et élevée durant 2 années dans une futaille de grande qualité.

Après quelques années sous verre, ce vin se livre avec une vraie gourmandise tout en développant une matière dense et parfaitement équilibrée…voilà une bouteille qui va allonger encore un peu la liste de plus en plus longue de mes coups de cœur pour les grands pinots noirs alsaciens.

Après cette belle entrée en matière nous revenons vers notre thème du jour avec 3 doublettes préparées par Georges Lorentz : 2 rieslings, 2 pinots gris et 2 gewurztraminers avec à chaque fois un vin en vente actuellement et un vin prélevé dans l’œnothèque du domaine.

  • Riesling Grand Cru Altenberg de Bergheim 2016 : nez délicat et raffiné, palette très complexe avec des notes de citron mûr et d’herbes à tisane (mélisse, verveine, sur un fond mentholé et légèrement terpénique, attaque souple et suave en bouche suivie par une belle montée en puissance avec une matière charnue structurée par une acidité très large et une fine trame tannique, finale intense et très saline avec un long sillage fruité et minéral..
  • Riesling Grand Cru Altenberg de Bergheim 2001 : olfaction discrète et racée, notes de miel de fleurs et de mandarine sur un fond minéral bien marqué, jus ample et consistant structuré par une maille acide/saline très large, finale fraîche avec des amers minéraux et de belles rémanences sur les agrumes mûrs et la menthe poivrée.

Ces deux rieslings qui ouvrent la série des Grands Crus nous donnent une version bien lisible des marqueurs du terroir décrits par Georges Lorentz lors de notre entretien : une aromatique discrète et complexe et une présence en bouche qui associe de façon très harmonieuse richesse et force minérale.

A côté d’un superbe 2001 encore plein de vie, le 2016 est une petite pépite vinique qui commence à révéler sa classe tout en laissant deviner un potentiel d’évolution remarquable : « il représente pour nous une sorte de modèle du genre pour les années à venir »…que dire de plus !

  • Pinot Gris Grand Cru Altenberg de Bergheim 2011 : olfaction discrète et raffinée, notes d’agrumes confits sur un fond délicatement fumé, suavité et élégance en bouche, présence saline sensible, finale agréable avec de belles notes grillées et des amers minéraux très salivants.
  • Tokay Pinot Gris Grand Cru Altenberg de Bergheim 1993 : robe éclatante, nez délicat avec de belles notes de mirabelle sur un fond légèrement fumé, bouche ample avec un joli gras et un équilibre bien frais, finale très longue avec un sillage aromatique complexe sur les fruits jaunes, le cacao, le tabac blond, le sésame grillé…

Ces deux pinots gris superbes de complexité et parfaitement équilibrés nous apportent une preuve éclatante de la force de ce terroir.

La première bouteille porte sa décennie avec une grande élégance et la seconde qui a l’âge de mon fils aîné est simplement éblouissante de jeunesse et d’expressivité.

Une doublette magique !

  • Gewurztraminer Grand Cru Altenberg de Bergheim 2012 : olfaction séduisante mais bien fraîche avec des notes exotiques sur la carambole et le litchi, rehaussées par des arômes d’orange sanguine, bouche puissante avec un jus généreux structuré par une acidité très solide, finale marquée par une intense présence minérale.
  • Gewurztraminer Grand Cru Altenberg de Bergheim 1986 : nez fin et complexe, notes d’agrumes mûrs (orange sanguine, mandarine) et de menthe fraîche sur un fond légèrement grillé, bouche gourmande mais très tonique avec une impulsion acide/saline qui tend la structure dès l’attaque, finale d’une longueur remarquable avec un beau sillage mentholé et grillé.

A l’image des pinots gris, ces deux superbes gewurztraminers portent la signature très lisible de l’Altenberg.

Le 2012, encore un peu jeune développe une aromatique qui évoque encore un peu le cépage tout en faisant sentir la puissance de la trame acide/minérale qui annonce une emprise du terroir qui va certainement encore s’accentuer avec le temps.

Pour ce qui est du gewurztraminer de 1986, sa complexité aromatique et sa plénitude en bouche me font penser qu’il est arrivé à son apogée…et qu’il est prêt à y rester encore quelques années.

Pour conclure, un petit bilan sur cette nouvelle expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je vais encore me répéter…)

J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Altenberg de Bergheim comme avant !

L’Altenberg de Bergheim est un terroir puissant, capable d’imprégner très profondément les vins qui y naissent.

Dans leur jeunesse, ces vins nous proposent un duel parfois violent mais toujours équilibré entre richesse et structure mais lorsqu’on les laisse arriver à maturité, ils subjuguent nos sens par leur force tranquille et leur parfaite harmonie.

Les amateurs de sensations fortes pourront se laisser tenter par la rencontre avec un riesling de 4 ou 5 ans – comme le superbe Altenberg 2016 goûté aujourd’hui – où avec un pinot gris ou un gewurztraminer qui approchent de la décennie.

Le dégustateur qui cherche à percevoir la nature profonde de ce grand terroir devra s’armer d’un peu plus de patience et laisser reposer ses bouteilles durant plusieurs décennies dans sa cave : les 3 magnifiques flacons sortis de l’œnothèque du domaine Lorentz, nous ont montré ce qu’un vieillissement prolongé pouvait apporter aux crus de l’Altenberg.

Cette nouvelle visite dans une très grande structure viticole m’a permis de partager quelques moments d’échanges très intéressants avec un vigneron passionné et cultivé qui perpétue une longue tradition familiale orientée vers la production de vins d’Alsace de haut niveau.

Placé à la tête d’un domaine qui dispose d’un patrimoine de 13 hectares sur l’Altenberg de Bergheim et d’une œnothèque impressionnante – avec une collection complète de millésimes de 1959 à nos jours et quelques flacons plus anciens – Georges Lorentz peut être considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs de ce terroir et je mesure la chance que j’ai eu d’avoir pu bénéficier de ses lumières pour mieux comprendre ce Grand Cru.

Comme toujours, mon travail sur l’Altenberg de Bergheim fut une expérience agréable et enrichissante qui m’a donné envie de poursuivre cette longue quête qui me permet de comprendre de mieux en mieux la complexité et la richesse du vignoble alsacien.

Mille mercis à Georges Lorentz d’avoir accepté de m’aider à aller un peu plus loin sur la route des Grands Crus d’Alsace.

La Maison Gustave Lorentz

Concernant la Maison Gustave Lorentz

Article de Pierre Radmacher, vous pouvez le suivre sur son blog Vins, Vignobles et Vignerons

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