Les prélèvements pour les estimations de récolte 2019 ont été réalisés le 8 et 9 juillet derniers. Cette évaluation quantitative, établie grâce au modèle INRA de Colmar, s’appuie sur un réseau de 200 parcelles représentatives de l’encépagement, des spécificités pédoclimatiques et de l’état sanitaire du vignoble alsacien.

Sous la barre du million d’hectolitres

Après un millésime 2018 que l’on retiendra pour sa récolte généreuse, le millésime 2019 sera en net retrait avec un potentiel de récolte estimé sous le seuil du million d’hectolitre.

Moindre fertilité, moins de grappes, plus d’hétérogénéité

Le millésime est marqué par une fertilité plus faible pour l’ensemble des cépages et particulièrement marquée pour le Gewurztraminer et pour la famille des Pinots. Si le poids moyen des grappes est situé dans la moyenne, c’est bien le nombre de grappes par pied qui est le facteur limitant du potentiel de rendement 2019. L’hétérogénéité est également marquante et complexifie la gestion du potentiel de production à l’échelle parcellaire. Cette hétérogénéité est observée depuis le début de saison avec des stades phénologiques plus ou moins long et décalés pour un même cépage et parfois au sein d’une même parcelle. Cette hétérogénéité a également un impact sur le potentiel de récolte puisque plus fluctuante qu’à l’accoutumée pour un même cépage.

Ajoutez à cela la sécheresse qui s’installe…

Après une première moitié de millésime relativement bien arrosée, le déficit généralisé de pluviométrie de ces dernières semaines se fait sentir sur l’ensemble du vignoble, à commencer par les parcelles de plaine qui commencent à présenter les symptômes du stress hydrique, notamment depuis l’épisode caniculaire inédit du mois de juin. La deuxième vague caniculaire annoncée cette semaine aura un impact notoire sur ces terroirs. Quelle que soit la situation, il conviendra de veiller à équilibrer le rapport feuille/fruit si ce stress tend à durer dans le temps. L’ensemble de ces éléments amènent à conclure que 2019 sera à nouveau un millésime impacté par les conditions climatiques et qu’à ce stade, le million d’hectolitres est loin d’être rentré dans les caves.

Heureusement le raisin est sain et de très belle qualité

La situation sanitaire du vignoble a été globalement très bien maitrisée jusqu’ici, mais il convient de rester vigilant pour préserver le potentiel de production. Le risque oïdium qui est relativement sérieux dans certaines situations est très certainement le paramètre à surveiller le plus dans les semaines à venir.

Des vendanges prévues à des dates plus habituelles

Contrairement au millésime 2018 qui avait connu les vendanges les plus précoces de tous les temps, les vendanges 2019 devraient démarrer plutôt début septembre avec le Crémant d’Alsace et mi-septembre pour les vins tranquilles de l’Appellation Alsace. Difficile d’être plus précis à ce stade, compte-tenu de l’incertitude climatique à venir. Ces dates seront affinées lors de l’assemblée générale de pré-vendanges de l’AVA.

Une filière responsable qui s’organise pour la durabilité des Vins d’Alsace

Le vignoble alsacien est confronté à une fluctuation de sa production manifestement de plus en plus récurrente depuis 10 ans. Cette fluctuation des volumes est très compliquée à gérer sur les marchés qui attendent un approvisionnement quantitatif et qualitatif le plus régulier possible en vins d’Alsace. Heureusement qu’en Alsace, le volet qualitatif est bien géré grâce au savoir-faire des 3800 familles de vignerons de ce vignoble le plus vert de France, le plus respectueux de l’environnement et à l’expertise multiséculaire dans les vins blancs qui en font une référence incontestable.

Pour autant, tous les marchés ne sont pas reconnaissants de ce particularisme, certains réagissent souvent à l’échelle mondiale, substituant très rapidement et sans état d’âme, les produits qu’ils appréciaient mais qui souffriraient d’indisponibilités d’une année sur l’autre.

A cette fin, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, avec toutes les familles professionnelles qui le composent, ne se veut pas fataliste et analyse avec lucidité la situation globale. Les axes majeurs clairement affichés sont les suivants :

  • Préserver la valeur ajoutée de la filière, se battre sur le terrain de la valeur du produit et de la qualité des vins d’Alsace.
  • S’ouvrir à de nouveaux marchés qui reconnaissent les spécificités des vins d’Alsace.
  • Mieux maitriser les effets négatifs d’une trop forte fluctuation de la production en travaillant à l’avenir sur des mécanismes de gestion des volumes mis en marché, acceptables pour tous les systèmes ettous les opérateurs.
  • Poursuivre le développement qualitatif des vins d’Alsace, garder ce temps d’avance humain et environnemental que le vignoble d’Alsace a sur ses concurrents.

 

Gilles NEUSCH Directeur du CIVA