Journée Portes Ouvertes au domaine Emile Beyer à Eguisheim

Printemps 2023

Même si je rencontre régulièrement Christian et Valérie Beyer – notamment au cours de journées de vendanges – et que je goûte très souvent leurs vins qui se retrouvent presque toujours dans ma rubrique « Bouteilles du mois », ça faisait quelques années – depuis 2019 en fait – que je n’avais pas fait un tour de cave complet dans ce domaine réputé d’Eguisheim…autant dire que cette invitation pour la journée « Portes Ouvertes » 2023 a très vite pris la place dans ma liste de sorties prioritaires.

Hoppla, c’est parti !

L’entrée de la nouvelle cave du domaine Beyer. La table d’accueil avec les verres, le carnet de dégustation et le livre de Philippe Beyer : un ouvrage remarquable qui nous raconte l’histoire d’Eguisheim et de ses terroirs viticoles.

Une petite exposition de photos pour décorer la cave et une table avec quelques gourmandises pour reprendre des forces pendant la dégustation.

Près d’une vingtaine de cuvées sont proposées à la dégustation avec principalement des vins de 2022.

Allez, on goûte !

  • Alsace Pinot Blanc Les Traditions 2022 : nez pur et séduisant sur les fruits jaunes frais (abricot, mirabelle), bouche ample et bien charnue stimulée par une présence saline sensible, finale tonique et appétante. (12°5 – SR : <0,5 g/l – PH: 3,3)
  • Alsace Riesling Les Traditions 2022 : nez riche et expressif sur le citron mûr, le miel et les épices douces, bouche longiligne tendue par une acidité assez vive, finale fraîche avec une belle longueur minérale. (12°5 – SR : 2,5 g/l – PH : 3,2)
  • Alsace Pinot Noir Les Traditions 2022 : nez ouvert et charmeur avec des notes de framboise et de cerise burlat, bouche fraîche et juteuse avec des tanins très souples, finale fraîche et bien « glissante ». (12°5 – SR : <0,5 g/l – PH : 3,5)
  • Alsace Pinot Gris Les Traditions 2022 : nez sur les fruits blancs mûrs agrémentées de quelques fragrances florales délicates, bouche bien gourmande avec du gras et de la fraîcheur, finale fraîche et appétante. (13° – SR : 7,3 g/l – PH : 3,4)
  • Alsace Gewurztraminer Les Traditions 2022 : nez intense et flatteur, notes de rose fraîche et de litchi, bouche souple et généreuse avec un équilibre riche mais bien digeste, finale longue et sapide avec une belle persistance fruitée et poivrée. (14° – SR : 19 g/l – PH : 3,66)

Si les étiquettes de cette gamme présentent un nouveau design avec notamment des armoiries en filigrane et le nom de cette gamme écrit en reproduisant la belle calligraphie du grand-père Emile Beyer, le style des vins est resté le même : pureté aromatique et équilibre impeccable entre richesse et structure, un joli compromis entre gourmandise et buvabilité…bref, des vins hautement recommandables avec des rapports Q/P très intéressants.

  • Alsace Mosaïque Eguisheim 2022 : nez fin et raffiné, notes de pêche blanche sur joli fond floral et épicé délicat, bouche longiligne avec un équilibre bien sec, finale fraîche avec un long sillage citronné et poivré. (13°5 – SR : 3,5 g/l – PH : 3,3 – 60% riesling + 20% pinot gris + 7% gewurztraminer + 4% sylvaner + 4% pinot blanc)
  • Alsace Pinot Noir Eguisheim 2020 : nez ouvert et expressif, palette fruitée et empyreumatique, bouche solidement bâtie avec un jus dense tenu par une acidité pointue et une maille tannique bien tendue, finale un peu austère avec des tanins qui serrent un peu mais une jolie persistance boisée/épicée. (13° – SR : < 2 g/l – PH : 3,66)

La ligne « Eguisheim » est représentée aujourd’hui par deux cuvées : un pinot noir juteux et concentré qui aura encore besoin d’un peu de temps pour polir ses tanins et une cuvée « Mosaïque », une cuvée d’assemblage inspirée par l’expérience réussie de « Liber » en 2021 et qui se goûte vraiment très bien dès aujourd’hui. MIAM !

  • Crémant Blanc de Blancs : nez complexe et très séduisant avec des notes fruitées (pomme verte, pêche de vigne), briochées et citronnées, bouche svelte et élégante avec un équilibre bien droit et une mousse crémeuse, finale très sapide. (12° – SR : 3,2 g/l – 50% auxerrois + 40% pinot blanc + 10% chardonnay – jus de 2018 – élevage sur lattes : 36 mois)
  • Crémant Brut Rosé : nez assez discret avec des notes de fraise des bois sur un fond légèrement grillé, bouche très fringante avec un équilibre frais soutenu par une très jolie bulle, finale fruitée et digeste. (12° – SR : < 4 g/l – 100% pinot noir – élevage sur lattes : 36 mois)
  • Crémant Cuvée Emile Victor 2013 : nez complexe et « classieux » avec de belles notes fruitées sur un fond toasté/grillé très élégant, bouche puissante avec une chair consistante et un gras sensible équilibrés par une salinité profonde et une mousse bien crémeuse, finale longue et minérale. (11°5 – SR : <3 g/l – 50% pinot blanc + 40% chardonnay + 10% pinot noir – jus de 2017 – élevage sur lattes : 48 mois)

La gamme de crémants de la maison Emile Beyer nous propose 3 bouteilles de qualité irréprochable avec des profils bien différenciés qui permettront aux fins becs de mesurer tout le potentiel gastronomique de ces bulles alsaciennes.

La fringance gourmande du « Blanc de blancs » fera merveille à l’apéritif, la vinosité de la cuvée rosée permettra de placer cette bouteille face à une belle assiette de charcuteries alsaciennes ou face à des desserts aux fruits auxquels elle apportera une touche de fraîcheur.

La grande cuvée « Emile Victor », toute en élégance et en sapidité, pourra être servie tout au long d’un repas de l’apéritif au dessert en passant par des plats à base de poissons blancs, de crustacés ou de viandes blanches. MIAM !

Après ces bulles apéritives, il faut se restaurer un peu…

…mais il reste plein de belles bouteilles à découvrir.

Après ces quelques bouchées, je profite de la présence de Géraud Bonnet (du « Cantalou » à Strasbourg » pour essayer d’identifier le vin mystère présenté par Christian Beyer : des notes de coing frais et de pralin au nez, une bouche ample avec un joli gras qui enrobe une structure assez solide, une longue persistance saline en finale…je pars sur un pinot gris d’un grand millésime des années 80 (83, 85, 88) alors que Géraud reste focalisé sur un riesling de l’Eichberg…et il a bien raison car c’est un Riesling Grand Cru Eichberg 1988.

Bon, une humiliation de plus pour moi dans cet exercice qui ne me réussit vraiment pas…mais il faut bien reconnaître qu’après plus de 30 ans de garde, la marque du terroir de l’Eichberg a relégué les caractéristiques du cépage au second plan. Ceci dit, ça reste un très joli vin !

  • Alsace Riesling Saint Jacques 2020 : nez très complexe, notes exotiques et citronnées sur un fond épicé discret, bouche élancée avec un équilibre bien droit et une salinité marquée, finale très digeste avec des amers nobles et un long sillage minéral. (13° – SR : 5 g/l – AT : 8,4 g/l)
  • Alsace Grand Cru Riesling Pfersigberg 2020 : nez très expressif avec des notes de citron frais, de lavande et d’herbes de garrigue, bouche très élégante avec une structure fuselée soutenue par une acidité large et une puissante salinité, finale fraîche et salivante. (13°5 – SR : 1,1 g/l – PH : 3,12)
  • Alsace Grand Cru Riesling Eichberg 2022 : nez fin et racé avec des notes d’agrumes et de craie, bouche ample et puissamment structurée par une acidité large et une fine présence tannique, finale très sapide avec un beau sillage épicé et citronné. (13°5 – SR : 3,8 g/l –  AT : 4,55 g/l)
  • Alsace Grand Cru Riesling Eichberg 2020 : nez ouvert et très fringant avec des notes d’agrumes frais et de gingembre, jus fruité bien croquant soutenu par une acidité vivre et large, finale très « punchy » avec un long retour épicé. (13°5 – SR : 3,5 g/l – AT : 5,4 g/l)

Après une année « blanche », j’ai été content de pouvoir retrouver ces 3 grands rieslings de terroir produits par la maison Beyer et comme toujours, je suis tombé sous le charme de leurs aromatiques superbes de pureté et d’expressivité, et de leurs matières juteuses et déjà bien marquées par l’empreinte minérale de leurs terroirs. MIAM !

  • Alsace Liber 2021 : nez ouvert et très complexe, notes d’agrumes, de fleurs blanches et d’épices, bouche dense et profondément saline, finale sapide avec de beaux amers et une longue persistance minérale et épicée. (13°5 – SR : <2 g/l – AT : 7,5 g/l)

Cette cuvée que je goûte maintenant pour la troisième fois – d’ailleurs, elle a fait partie de mes vins du mois de mai – me laisse toujours la même impression de plénitude et d’équilibre.

Certes, cet assemblage travaillé « nature » sort un peu de la ligne esthétique du domaine mais au bout du compte, le plaisir gustatif est au rendez-vous…et c’est bien là l’essentiel. MIAM !

  • Alsace Pinot Noir Sundel 2020 : nez ouvert et flatteur avec des notes de fruits rouges bien mûrs sur un fond balsamique très délicat, jus très consistant structuré par une acidité large et trame tannique très soyeuse, finale intense avec un long sillage boisé/épicé. (13° – SR : < 2 g/l – PH : 3,6)
  • Alsace Pinot Noir Sundel 2019 : nez ouvert et complexe avec une palette fruitée plus fraîche accompagnée par de belles notes d’épices douces, bouche ample avec un jus très gourmand appuyé sur une acidité mûre et large, tanins fondants, finale fraîche et sapide. (13°9 – SR : < 2 g/l – AT : 3,9 g/l)

Issue d’une vigne plantée par Christian Beyer sur le coteau calcaire du Sundel en 2004/2005, la grande cuvée de pinot noir du domaine nous a régalés par sa richesse aromatique et sa présence en bouche remarquable de gourmandise et d’élégance.

Voilà deux très beaux vins rouges alsaciens qu’on pourra apprécier dès maintenant mais qui auront encore bien plus de choses à raconter après quelques années de repos en cave.

  • Alsace Pinot Gris Hohrain 2022 : nez frais et d’une grande pureté avec des notes de pêche blanche sur un fond « eau de roche », bouche très élégante avec un équilibre déjà très harmonieux, finale très digeste avec une longue persistance saline. (13°5 – SR : 6,5 g/l – AT : 4,4 g/l)
  • Alsace Grand Cru Gewurztraminer Pfersigberg 2022 : nez expressif et très complexe, notes de fleurs odorantes (rose, jasmin, acacia) et d’épices douces, bouche riche et suave, finale très longue et bien digeste. (14° – SR : 18 g/l – AT : 4,05 g/l)

Née sur un coteau qui fait face au Sundel, la cuvée Hohrain 2022 nous offre une interprétation très aboutie d’un grand pinot gris sec…in régal dès aujourd’hui avec probablement la possibilité de très bien se tenir dans le temps. J’adore !

Pour finir, cette petite caresse papillaire, toute en délicatesse et en gourmandise, fait honneur au vignoble d’Eguisheim réputé depuis toujours pour la grande qualité de ses gewurztraminers. MIAM !

Difficile d’inventer une conclusion originale à propos de ce domaine que je fréquente assidument depuis des années…je vais donc reprendre une phrase publiée il y a quelques années mais que je trouve plus que jamais d’actualité pour dire  : « toute mon admiration face à la qualité du travail fourni par Christian Beyer et son équipe pour tirer la quintessence de ces beaux terroirs d’Eguisheim et nous régaler avec une gamme de vin dont le niveau qualitatif ne cesse de progresser ».

Valérie et Christian Beyer qui présentent leurs vins

Comme je m’y attendais le niveau de l’offre vinique du domaine Emile Beyer était au top avec aucune fausse note dans la série et une pléthore de très grandes bouteilles parmi lesquelles mon habituelle sélection de coups de cœur du jour s’est avérée extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible.

Par conséquent, comme par le passé j’ai envie d’attribuer une palme collective à cette gamme de vins qui, cette année encore, a affiché une qualité vraiment irréprochable. Chapeau bas, les artistes !

Tout est dit !

Mille mercis à Valérie et Christian de continuer à partager leur passion pour leur village, leur vignoble et leurs vins…une fois encore, j’ai passé un très beau moment de culture et de gourmandise à Exa.

Article de Pierre Radmacher, vous pouvez le suivre sur son blog Vins, Vignobles et Vignerons

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