Céline Stentz, Major 2019 de la Confrérie Saint-Etienne a organisé cette conférence pour faire le point sur les points à améliorer et surtout sur ce qui va dans le vignoble alsacien et pour une fois en profiter contrairement à l’habitude du viticulteur alsacien qui ne voit que les défauts.

Pour décrire l’image régionale des vins d’Alsace elle a invité Fabrice Renner, caviste à Saint-Louis, double finaliste du concours meilleur caviste de France 2016 et 2018 et pour la défendre au niveau national, elle a fait appel à Jérôme Gagnez, conseiller en vins à Paris, créateur de Vers Le Vin (2004), il a organisé et animé plus de 800 soirées de dégustations, il est également chroniqueur vin dans l’émission On Va Déguster sur France Inter depuis septembre 2017.

Les deux intervenants ont été très surpris par la thématique de la conférence car pour eux l’Alsace est un vignoble où « ça roule bien » jusque là ils ne se rendaient pas compte des problèmes que rencontre la production.

Fabrice Renner a souligné que les autochtones sont de mauvais ambassadeurs pour les vins d’Alsace. Au contraire de ses collègues cavistes du secteur colmarien (hors sites touristiques) qui vendent très peu de vins d’Alsace, lui en vend bien plus car étant à Saint-Louis, 40% de sa clientèle est suisse. Les œnophiles convaincus, tout comme les étrangers n’ont aucuns problèmes avec les vins d’Alsace et aucun apriori (trop sucré, trop acide, trop soufré, ça donne mal à la tête..).

D’ailleurs les vignerons hors d’Alsace ont une image très positive de nos vins et pour la Loire l’Alsace est un modèle.

Alors où est le problème ? Pour Fabrice Renner il faut sortir du cliché Riesling avec la choucroute et du folklore comme les verres à pied vert. Il faut quitter cette image vieillotte du folklore et développer une nouvelle image sur la modernité tout en étant fière de ses origines. Il faut investir sur l’image, l’Alsace l’a oublié.

L’intervenant a soulevé un autre problème récurrent dans le vignoble. Beaucoup de domaines n’ont aucune cohérence commerciale permettant de mettre en place une politique commerciale. Pour commencer, beaucoup de vignerons ne connaissent pas le coût de revient d’une bouteille, en découle une mauvaise valorisation de leur travail dans le prix de vente de la bouteille au caveau. Fabrice Renner conseille de valoriser le travail au caveau de vente en embauchant des personnes formées, capable de transmettre la philosophie et la démarche du vigneron.

Pour Jérôme Gagnez un des points forts du vignoble alsacien est de produire des très bons vins à des prix très raisonnables. De plus l’Alsace produit des vins qui accompagnent tout les plats du monde, c’est un atout et à la fois ça rend la lecture des vins d’Alsace compliqué pour le consommateur non averti. Un autre paradoxe des vins d’alsace : Jérôme Gagnez présente toujours les vins d’Alsace à l’aveugle lors de ses dégustations et de préférence des millésimes anciens, ces vins ont toujours un très grand succès pourtant quand le dégustateur voit la bouteille les aprioris sur les vins d’Alsace ressurgissent. L’idée la plus répondue sur les vins d’Alsace est la présence de sucres, c’est un sujet à ne pas évacuer par la profession, c’est pourquoi elle doit s’y atteler pour réguler la présence des sucres dans les vins. 

L’Alsace est si spécifique par la complexité de ses terroirs, de ses vins et par le nombre importants des petits acteurs, qu’elle doit être présente dans les circuits de distributions spécialisés et faire une croix sur la grande distribution. Les grands metteurs en marchés vendent des vins simples en grande distribution.

Le salut de l’Alsace est dans la montée en gamme en passant par l’entre aide et la solidarité, pour Jérôme Gagnez c’est la seule solution pour les vins d’Alsace.

L’Alsace a un problème de perception et d’étiquetage. Le consommateur va au plus simple, il ne réfléchit pas, il doit intégrer que le vin d’Alsace c’est moins compliqué que ce qu’il pense. Jérôme Gagnez exhorte les viticulteurs « Trouvez une solution. Débrouillez vous pour simplifier le lecture des étiquettes des vins d’Alsace ».

L’export est une autre voie importante pour les vins d’Alsace car les étrangers n’ont aucun apriori franco-français sur les vins alsaciens et c’est un moyen de mieux valoriser la bouteille. Jouer collectif est plus que nécessaire pour organiser l’export. L’Alsace doit valoriser le caractère familiale des ses exploitations et le caractère exclusif des bouteilles car le vignoble est petit et produit peu de flacons, sans oublier que les vins d’Alsace sont aromatiques, digestes et faciles car ils accompagnent le cuisine de chaque pays.

Le public a fortement participé à la conférence. Ainsi Philippe Blanck a rappelé que l’innovation fait bouger les choses, mais elle vient rarement de l’intérieur car il est très difficile de réfléchir dans sa propre structure. C’est un fait la région Alsace connait très peu d’installations de jeunes extérieurs au vignoble alsacien, ce qui est un frein au développement et à l’innovation.

Jean-Claude Rieflé a précisé que l’Alsace n’a pas les moyens d’aller à l’export, pourtant le vigneron devrait sortir de chez lui pour gouter et voir ce qui se passe ailleurs. Erwin Moser a précisé que le vigneron doit être fier de ce qu’il produit et qu’à l’export chaque vigneron est responsable de la collectivité car avec le net tout se sait.

Les deux intervenants de cette conférence, tout comme d’autres avant eux demandent à la profession de jouer collectif, travailler l’image de l’Alsace et rendre l’étiquetage claire pour le consommateur novice.

Seul bémol de cette soirée, l’absence de représentants des institutions viticoles alsaciennes.