Entre tradition, diversité et intérêts économiques

Le cépage Riesling, symbole de l’Alsace viticole, est au centre d’une vive controverse depuis que l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) a modifié le cahier des charges de l’appellation en excluant les vins sucrés de la dénomination Riesling. Cette décision, bien que visant à clarifier l’appellation, a engendré des débats passionnés et a creusé les divergences au sein de l’industrie viticole alsacienne.

Depuis le 1er août 2023, l’appellation Riesling en Alsace est réservée aux vins secs, une démarche présentée par l’AVA comme une manière d’améliorer la lisibilité pour les consommateurs. Cependant, cette mesure a suscité une réaction farouche de la part des vignerons, notamment des indépendants, qui s’opposent vigoureusement à cette restriction. Ils font valoir que les raisins récoltés à pleine maturité sont moins propices à la production de vins secs.

Pierre Gassmann, vigneron à Rorschwihr, qualifie cette décision de « décision aberrante qui ne sert que les intérêts des industriels ». Selon lui, le terroir alsacien, riche et diversifié, permet la production de vins avec différents niveaux de sucrosité, ce qui reflète l’histoire et la tradition du cépage dans la région.

Le Syndicat des vignerons indépendants (SYNVIRA) rassemble les opposants à cette mesure. Ils considèrent que cette restriction pourrait exclure de nombreux vins de l’appellation Riesling. Les vignerons indépendants insistent sur le fait que la diversité des sols en Alsace offre des opportunités pour une production variée, mais pas nécessairement sèche.

La décision de l’AVA a également généré des dissensions au sein de l’industrie viticole alsacienne. Si certaines coopératives soutiennent cette mesure pour clarifier l’appellation, d’autres vignerons indépendants la considèrent comme une atteinte à la diversité et à l’identité des vins alsaciens.

Les préoccupations économiques sont au cœur de la contestation. Les opposants craignent que l’exclusion des vins sucrés de l’appellation Riesling ne restreigne leur capacité à être commercialisés dans des pays où les consommateurs préfèrent des vins plus sucrés. Ils soulignent également que cette décision pourrait porter atteinte à la richesse et à l’identité viticole alsacienne.

Les partisans des vins sucrés lancent un appel à la résistance. Pierre Gassmann a lancé une pétition pour permettre aux vins Riesling d’être étiquetés avec des mentions européennes telles que sec, demi-sec, moelleux et doux, afin de refléter la diversité des styles produits en Alsace.

Cette controverse plus large met en lumière des tensions entre le désir de clarifier l’appellation des vins alsaciens et la préservation de la diversité, de l’histoire et de l’identité des vins produits dans la région. Elle soulève également des questions sur les équilibres entre les intérêts économiques et l’attachement aux traditions viticoles dans une industrie en constante évolution.

Accéder à la pétition ICI