Les terroirs alsaciens du nord au sud présentés par les jeunes vignerons dans la salle de dégustation du domaine Lissner à Wolxheim.

Pour donner une suite à la séance de dégustation organisée au FEC à l’occasion de la parution de leur carte des terroirs alsaciens, les jeunes vignerons alsaciens nous proposent une « séance de révision » destinée à nous remettre en mémoire l’influence des grands terroirs alsaciens sur le caractère des vins qui y naissent.

Malgré mon « grand âge » je suis un fan de la première heure de cette nouvelle génération vigneronne prête à unir leurs énergies et à partager leurs expériences et leurs compétences pour faire avancer la cause du vin d’Alsace…bien évidemment, lorsque j’ai eu vent de cet évènement, je me suis immédiatement réservé un créneau dans mon agenda de retraité pour y participer.

Hoppla, c’est parti !

Les dégustations organisées dans 3 domaines alsaciens – le domaine Robert Roth à Soultz, le domaine du Vignoble des 3 Terres à Eguisheim et le domaine Lissner à Wolxheim – étaient animées par des vignerons de l’association.

C’est ainsi qu’au domaine Lissner nous avons eu le plaisir de retrouver Mathilde du domaine Beck-Hartweg à Dambach, Marion du domaine Borès à Reichsfeld, Lydie du domaine Sohler à Nothalten), Mathieu du domaine Deiss à Bergheim, Adrien du domaine Stoeffler à Barr, Julien du domaine Boehler à Molsheim, Jérôme du domaine Neumeyer à Molsheim et Théo du domaine Lissner à Wolxheim.

La fameuse carte des terroirs alsaciens et la série de bouteilles à déguster.

On se déplace masqué et on déguste assis…l’organisation respecte les recommandations sanitaires en vigueur.

Les verres sont là, les bouteilles arrivent, les masques tombent…

…et on attaque avec une première triplette.

Pour rester dans leur logique de mise en avant du terroir, les jeunes vignerons ont choisi de servir leurs vins par 2 ou 3 en les regroupant par terroir.

Triplette 1 : schiste et gneiss

  • Riesling Schieferberg-Genèse 2013 – Domaine Borès : expression olfactive complexe sur le miel, les fruits blancs mûrs et la brioche citronnée, bouche ample et charnue avec un gras sensible, équilibre bien droit et belle minéralité en finale. (terroir : schiste – SR : 1,8 – AT : 8,1 – 13°)
  • Riesling Glaser 2019 – Domaine Klein : nez séduisant avec de belles notes florales sur un fond mentholé et anisé, bouche qui donne une belle impression de plénitude avec un jus consistant équilibré par une acidité droite et une salinité bien marquée. (terroir : gneiss – SR : 1,8 – AT : 8,1 – 14°)
  • Riesling Grand Cru Praelatenberg 2017 – Domaine Engel Frères : aromatique complexe avec une palette sur les fruits exotiques frais et les zestes d’agrumes sur un fond rafle de raisin, bouche pleine et solidement tendue, finale digeste avec une amertume assez marquée. (terroir : gneiss – SR : 3,6 – AT : 6,1 – 13,9°)

La série commence par 3 rieslings avec des expressions aromatiques très plaisantes et des structures en bouche profondément imprégnées par leur terroir…voilà des vins ouverts et accessibles qui savent rester fidèles à leurs origines.

Doublette 2 : granit

  • Riesling Sonnenberg 2018 – Domaine Schoech : nez discret mais très séduisant, bouche longiligne qui laisse une belle impression de plénitude, finale très sapide. (terroir : granit – SR : 2 – AT 6 – 13°)
  • Alsace Rittersberg 2018 – Domaine Beck-Hartweg : nez frais et charmeur, palette fruitée très complexe, bouche pleine d’énergie structurée par une acidité vive et filante, amers nobles et salinité intense en finale. (terroir : granit – SR : < 1 – 13° – assemblage : pinot noir+pinot gris +auxerrois+riesling+gewurztraminer)

Qu’ils soient interprétés de façon classique comme le Sonnenberg ou de manière moins conventionnelle comme le Rittersberg, les terroirs granitiques signent toujours les vins par des structures étirées et de belles salinités.

Doublette 3 : grès

  • Riesling Grand Cru Spiegel 2017 – Domaine E. Meyer : nez charmeur avec une belle palette florale, bouche svelte, équilibre très aérien, finale suave et digeste. (terroir : grès – SR : 7 – AT : 4,8 – 13,2°)
  • Riesling Grand Cru Muenchberg 2018 – Domaine Bohn : nez intense et évolutif, notes d’herbe sèche à l’ouverture suivies par des fragrances florales d’une grande élégance, boucha ample avec un gras sensible, belle salinité, finale longue et sèche avec un léger grip tannique et un long sillage floral et iodé. (terroir : grès – SR : <1 – 13,5°)

Lorsqu’on déguste un vin né sur un sol gréseux, on s’attend à trouver beaucoup de finesse et de subtilité comme sur la cuvée issue du Spiegel qui nous offre une interprétation très classique de ce terroir. Il en est tout autrement pour le riesling du Muenchberg qui révèle davantage la patte d’Arthur Bohn que son terroir mais reste impressionnant par sa force expressive et sa belle présence minérale…c’est un vin qui confirme les belles impressions ressenties lors d’une première dégustation au domaine en mars.

Triplette 4 : calcaire et marne

  • Sylvaner Zellberg 2019 – Domaine Sohler : aromatique discrète, bouche ample et assez riche, finale fraiche avec un petit grain tannique stimulant. (terroir : marno-gréseux – SR : 5 – AT : 4,2 – 14,5°)
  • Sylvaner Mittelbourg 2019 – Domaine Roth : nez fin et très charmeur, notes de fruits bancs mûrs et d’agrumes, bouche gourmande mais bien tendue, finale sapide avec un joli retour aromatique sur le pamplemousse et la craie. (terroir : calcaire – SR : 2,4 – AT : 5,7 – 13,4°)
  • Sylvaner Zellenberg 2019 – Domaine Huttard : nez ouvert avec des notes d’herbe sèche sur un fond légèrement fumé, bouche large, jus assez concentré, finale très sapide. (terroir : argilo-calcaire)

J’ai été très content de vois que les jeunes vignerons alsaciens n’hésitent pas à mettre en avant ce cépage souvent mal connu et mal jugé, pour nous prouver que s’il est bien travaillé, il est en mesure de nous offrir une lecture très intéressante de nos beaux terroirs.

Certes on ne trouvera pas cette structure acide qui donne toute son énergie aux grands rieslings mais il n’en reste pas moins vrai que le sylvaner peut générer des vins avec des caractères affirmés, capables de bien se tenir à table.

Doublette 5 : calcaire

  • Pinot Gris Ortel 2016 – Vignoble des 3 Terres : nez très élégant avec de belles notes florales sur un fond légèrement grillé, jus riche et concentré équilibré par une salinité bien marquée, finale vive et tendue. (terroir : calcaire – SR : 3 – AT : 7,7 – 14°)
  • Riesling Steinstuck 2019 – Domaine Rieflé : nez très raffiné sur le citron mûr soutenu par un boisé délicat, bouche charnue, équilibre très droit, finale fraîche avec un long sillage fruité et minéral. (terroir : calcaire – SR : 3 – AT : 7 – 14°)

Ce riesling jeune et expressif et ce pinot gris qui commence à révéler son terroir après quelques années de garde, nous donnent une image bien nette de l’influence d’un sol calcaire sur la structure d’un vin : toujours assez ample mais soutenue par une charpente acide saline très solide.

Doublette 6 : marne

  • Pinot Gris Schaefferstein 2019 – Domaine Neumeyer : nez discret et raffiné, bouche ample et puissante avec un centre moelleux, finale longue et sapide (terroir : marne – SR : 4,1 – AT : 4,98 – 15°)
  • Alsace Schaefferstein 2019 – Domaine Boehler : nez expressif, palette florale très charmeuse, bouche ample avec un joli gras, finale rafraîchie par des amers minéraux et notes épicées. (terroir : marne – SR : <1 – AT : 5,4 – 15,2° – assemblage : 1/3 pinot gris + 1/3 muscat + 1/3 gewurztraminer)

Ce coteau aux sols assez lourds, qui jouxte le Grand Gru Bruderthal, est un terroir très propice aux pinots gris et aux gewurztraminers : la cuvée mono-cépage de Jérôme Neumeyer comme la cuvée d’assemblage de Julien Boehler expriment ici leur générosité naturelle tout en gardant une trame minérale qui leur confère une belle digestibilité.

Triplette 7 : marno-calcaire

  • Riesling Grand Cru Hengst 2016 – Domaine Saint Rémy : nez mûr et complexe avec des notes de miel et de fruits jaunes sur un fond minéral qui se manifeste progressivement à l’aération, bouche puissante, jus corse et bien consistant, texture assez grasse, salinité intense en finale. (terroir : marno-calcaire – SR : 5,9 – AT : 5,9 – 12,5°)
  • Gewurztraminer Grand Cru Altenberg de Wolxheim 2017 – Domaine Lissner : nez expressif et très complexe, notes d’herbe coupée, de zestes d’agrumes, de poudre de coriandre et de poivre blanc, bouche puissante avec une présence saline bien sensible, finale bien tendue avec un sillage aromatique sur la craie, l’aspérule et les épices. (terroir : marno-calcaire – SR : 0)
  • Alsace Grand Cru Mambourg 2016 – Domaine Deiss : nez discret avec une palette raffinée sur le beurre frais, les fleurs printanières et la craie, bouche puissante mais très élégante, jus concentré avec une grande profondeur, équilibre sec, finale très longue avec un beau retour épicé. (terroir : marno-calcaire – SR : 2 – AT : 4,78 – 13,5°)

Avec le vin du Hengst qui est un modèle de classicisme, celui de l’Altenberg de Wolxheim qui revendique un style beaucoup plus « libre » et celui du Mambourg qui s’exprime avec une finesse presque « bourguignonne », ces 3 belles cuvées fort différentes à priori, partagent cependant une caractéristique commune : la puissance issue de leur terroir marno-calcaire…jolie démonstration !

Solitaire 8 : volcanique

  • Riesling Grand Cru Rangen-Clos Saint Théobald 2019 – Domaine Schoffit : expression aromatique discrète, notes pierreuses, acidité incisive et filante, salinité impressive, finale épicée et minérale. (terroir : volcanique – SR :1,6 – AT :6,4 – 14°)

Ce terroir rare – pratiquement unique dans le vignoble alsacien – que j’ai étudié très récemment, peut donner naissance à des vins hors normes comme ce riesling qui, malgré son extrême jeunesse, étonne d’ores et déjà par son énergie…mais je crois qu’il est encore loin de sa maturité optimale.

Doublette 9 : pinot noir sur granit

  • Pinot Noir F 2018 – Domaine Dietrich : nez sur les fruits rouges mûrs, bouche fraîche et gouleyante, finale bien tonique avec un retour aromatique sur la cerise et une légère touche fumée. (terroir : granit – SR : < 1 – AT : 4,42 – 12,5° – élevage : 24 mois en barriques)
  • Pinot Noir Herrenreben 2019 – Domaine Schoenheitz : fruité délicat et boisé fin au nez, bouche puissante, jus dense et bien charpentée, finale minérale et fumée. (terroir : granit – SR : < 1 – AT : 5,88 – 13,7° – élevage : 12 mois en barriques)

Ces deux jolis pinots noirs portent la marque du granit aussi bien dans leur structure que dans leur finale saline et grenue mais subissent également l’influence de leur millésime : à côté d’un 2018 plein de spontanéité et de gourmandise, le 2019 qui se distingue par un supplément de concentration et par une charpente plus solide, aura besoin d’un peu plus de temps pour se révéler pleinement.

Triplette 10 : pinot noir sur base calcaire

  • Pinot Noir Rotenberg 2019 – Domaine Stoeffler : nez assez discret, notes de fruits sur un fond légèrement fumé, bouche puissante et un peu austère avec un jus consistant tenu par une maille acide/minérale solide, finale dominée par des tanins assez fermes. (terroir : calcaro-gréseux – SR : 0,4 – AT : 5,5 – 13,5° – élevage : 20% en barriques + 80% en foudre)
  • Pinot Noir Hohrain 2019 – Domaine A. Hertz : nez expressif dominé par des notes empyreumatiques (café, cacao amer, torréfaction) à l’ouverture, arômes de fruits rouges bien mûrs après aération, bouche charnue et pleine d’énergie, finale intense mais avec une trame tannique encore un peu serrée. (terroir : calcaire – SR : 0,5 – AT : 5,5 – 13,7° – élevage : 100% en barriques)
  • Pinot Noir S60-9.10 2018 – Domaine Hebinger : nez ouvert et flatteur avec de belles notes de fruits rouges mûrs, bouche puissante, matière très concentrée, tanins soyeux, finale fraîche et bien glissante. (terroir : argilo-calcaire – SR : <1 – élevage : 100% en barriques)

Avec cette série de pinots noirs sur base calcaire on sent également l’influence des millésimes bien qu’elle semble un peu atténuée par celle du terroir : ce sont de solides gaillards denses et structurés taillés pour la garde mais si les 2019 nés sur le Rotenberg de Ribeauvillé ou sur le Hohrain d’Eguisheim demanderont encore un peu de patience pour exprimer leur talent, le 2018 issu de l’Eichberg semble déjà tout à fait prêt à être apprécié aujourd’hui.

Après plusieurs participations à des évènements organisés par les « Jeunes Vignerons Indépendants d’Alsace », je suis de plus en plus convaincu que cette jeune garde vigneronne est en train d’insuffler une énergie nouvelle dans notre vignoble.

Ils sont jeunes, créatifs, entreprenants, très bien formés, soucieux de la préservation de leur environnement et désireux de partager leurs expériences et leurs connaissances.

Fidèles à leurs habitudes, ils nous ont proposé une très belle dégustation composée en se référant aux terroirs qui ont donné naissance à leurs vins.

Malgré un temps de séance assez contraint et des mesures sanitaires à respecter, ils ont présentés leurs vins et ceux de leurs collègues avec beaucoup de précision et d’enthousiasme.

Bravo et merci les jeunes pour ce beau moment de culture œnophile…et longue vie à cette belle association !

Les jeunes vignerons présents au domaine Lissner : Mathieu Deiss, Jérôme Neumeyer, Mathilde Peron, Lydie Sohler, Marion Borès, Julien Boehler, Théo Schloegel et Adrien Stoeffler.

Article de Pierre Radmacher, vous pouvez le suivre sur le site Vins, Vignobles et Vignerons

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