Les fêtes sont passées et le plus gros des salons également ; pour les vignerons hiver rime avec taille. La taille de la vigne permet de réguler la vigne, mais depuis quelques années le vignoble alsacien connait une forte mortalité des pieds, essentiellement due à l’ESCA (champignon qui obstrue les vaisseaux de sève). Il existe jusqu’à 100 espèces de champignons dans un plant de vigne et l’ESCA est une surinfection. L’explosion de cette maladie a été observée après l’arrêt des traitements à l’arsénite de sodium.

Plusieurs raisons favorisent son développement comme l’âge de la vigne, les plants étant sensibles jusqu’à 25 ans, certains cépages sont plus fragiles tel que le Riesling et le Gewurztraminer. Deux catégories de pratiques culturales causent les contaminations du vignoble :

  • celles qui influent sur l’état des réserves de la plante, tel que l’excès ou le déficit de vigueur, les carences, les vendanges tardives et les gelées printanières
  • celles qui ont une incidence sur les flux de sève telles la mécanisation (les travaux du sol par exemple) qui occasionne plus de blessures, les ceps montés trop vite, le choix de la forme du pied (le pied avec sa tête de saule est très propice aux maladies du bois car il y a beaucoup de plaies de taille et les flux de sève ne sont pas respectés), ainsi que les plaies de taille plus importantes depuis l’utilisation du sécateur assisté.

Pour lutter contre l’ESCA, la lutte préventive est impérative ; pour cela il y a la possibilité de pratiquer le recépage des ceps douteux accompagné d’un curetage féroce pour éliminer tout l’amadou (partie molle dans le cep) où réside le champignon.

Une vidéo du curetage:

Les autres possibilités sont également :

  • optimiser la vigueur
  • détruire en hiver avant la taille les ceps touchés
  • brûler les bois de plus de 2 ans
  • tailler tard les parcelles touchées (problématique car toutes les parcelles sont touchées)
  • améliorer l’équilibre des ceps et les flux de sève par le choix de la taille Poussard.

Pour aborder la taille Guyot Poussard il faut avoir en tête que la sève circule en périphérie des ceps et des sarments et qu’il existe deux flux de sève presque indépendants. Les infections ne rentrent jamais par l’écorce des sarments mais par les plaies de taille et migrent rapidement vers la moelle jusqu’au diaphragme qui est une barrière naturelle, d’où l’importance de l’endroit où on pratique la coupe.

De même, le choix de la coupe du bois de deux ans est important car il se créé un cône de dessèchement qui, s’il entre trop dans le pied, risque de couper le flux de sève et cette partie du plant meurt.

Pour conserver les deux flux de sève, il faut toujours avoir deux coursons, un sur chaque flux. Leur position est essentielle pour éviter les inversions de flux, leur taille et leur orientation sont importantes. Effectivement quel que soit la taille du courson, il y a toujours deux yeux qui démarrent et le premier œil à débourrer doit être dans le bon flux de sève car il servira de courson l’année suivante. Eh oui, quelle abomination un courson sur un courson, mais vous verrez ce n’est pas la seule chose qui va à l’encontre de ce qu’on nous rabâche depuis des décennies. De plus après réflexion, le choix habituel du courson central va contre la nature du cep.

Après le choix primordial des coursons, le choix de la baguette importe peu, mais il faut être soigneux quand on retire les autres sarments sur la tête de saule en coupant les yeux de la couronne. Si on laisse des yeux on aura beaucoup de travail lors de l’ébourgeonnage ou de l’épamprage. Au moment de l’épamprage il faut être vigilant aux pampres des coursons, surtout si ceux-ci sont très courts (car ils n’auront pas forcément deux yeux francs, on peut faire le choix du bourrillon) et à ceux qui sortent du bon flux de sève. L’épamprage devient aussi technique que la taille.

Lors du recépage il peut arriver de mettre un courson au-dessus de la baguette. Oh oh!! Où est la ritournelle « jamais de courson au-dessus de la baguette ». On fait ce choix pour conserver le bon flux de sève et avoir tout de même une baguette.

La taille des jeunes plants correspond à la formation du squelette du cep dans lequel il ne faudra jamais couper et qu’il faudra faire évoluer lentement. Les plaies de taille des trois premières années sont dévastatrices pour la pérennité du cep. Pour cela l’ébourgeonnage précoce est fortement recommandé car les pampres s’enlèvent tout seul. Il faut garder le bois qui est dans le bon flux de sève, ce n’est jamais le plus central et ce n’est pas forcément le plus beau (oh oh !! encore un principe qui va à l’encontre de nos habitudes).

Dans le cas des nouvelles plantations on taille la hauteur en fonction de la vigueur ; par contre pour les plants de remplacement la formation du cep est plus longue car le plant subit la concurrence des vieux pieds et le sol n’est pas préparé à la plantation.

Récapitulons : il faut toujours deux coursons sur l’extérieur, dans le flux de sève, un courson par flux. Faire très attention à l’orientation des yeux, le premier œil du courson doit absolument être dans le flux de sève. Cerise sur le gâteau, il n’y a pas d’inconvénient à faire un courson sur un courson d’une année à l’autre. Attention aux cônes de dessèchement, aux plaies de taille et aux inversions de flux de sève. Et pour finir l’ébourgeonnage et l’épamprage deviennent techniques.

Et comme avant il faut adapter sa taille à son pied de vigne, on ne peut pas toujours adapter exactement la théorie au terrain, car la nature ne pousse pas comme on le désire.

En conclusion, pour adhérer à la taille Guyot Poussard, il faut faire un gros travail psychologique pour dépasser les a priori et les habitudes. Cette taille, au départ, ralentit les cadences mais une fois qu’elle est mise en place ça va tout seul ; quel bonheur ! Mais jusque là gros gros travail en perspective.

Si vous avez des interrogations, ce qui ne manquera pas, nous vous conseillons de contacter le CFPPA qui organise des formations avec l’intervention de Monsieur François Dal, ingénieur agronome du SICAVAC.

www.cfppa-rouffach.fr

 

Concernant le lycée de Rouffach et la maladie du bois