La séries de trois dégustations sur le thème des millésimes anciens, animé par la Confrérie St Etienne, a débuté par «Les années en 6».

Pour une petite remise en mémoire, la Confrérie St Etienne de Kientzheim est la plus ancienne confrérie vinique de France. Au départ, elle était en charge de la surveillance de la qualité des vins d’Ammerschwihr mis sur le marché. Son nom vient du fait que ce groupe de dégustateurs faisait un grand banquet au lendemain de Noël, à la St Etienne. Du milieu du 19ème siècle jusqu’en 1947, elle était en sommeil, puis a été réactivée, avec le même but, mais cette fois sur l’ensemble de l’Alsace. En 1973, elle achète le château de Kientzheim. Elle organise le Sigille, qui est en fait un concours. Les viticulteurs présentent des vins sur la base du volontariat. Les bouteilles sont dégustées à l’aveugle par un jury compétent et notées sur leurs qualités intrinsèques. Seul les vins ayant obtenus une note supérieure ou égale à 7/10 sont retenus. Les vignerons ayant un vin Sigillé déposent 12 bouteilles de celui-ci à l’oenothèque de la confrérie. C’est pourquoi elle a la capacité d’organiser ce genre de dégustation rare en Alsace.

Cette dégustation des millésimes en 6, a fait découvrir à une vingtaine de personnes 7 vins de 1996 à 1966. Le public présent était essentiellement local avec toutefois la présence d’une jeune fille asiatique et un couple Suisse dont monsieur est viticulteur. Les confrères ont fait un tour de table pour connaitre les motivations de chacun et le maitre mot a été plaisir. Effectivement, ça été l’occasion d’une sortie en famille et entre amis, plusieurs participants sont revenus suite à une dégustation de la 68ème édition de la Foire Aux Vins et ont entrainé leur entourage. Même si plusieurs dégustateurs sont en rapport ou issus du milieu viticole, certains n’ont jamais eu l’occasion de déguster des vins de plus de trente ans.

Pour animer cette dégustation les confrères présent étaient : Jean-Paul Goulby, Chancelier receveur que vous retrouvez tous les après-midi aux ApéroVino, Eric Fargeas, Délégué général, Hervé Bachmann, Major de l’année et Jean-Marc Bentzinger, Grand conseiller et chef du domaine agricole de Rouffach.

Monsieur Bentzinger a débuté la séance en rappelant les principes de la dégustation. Les vins étaient dégustés à l’aveugle pour laisser à l’assistance le plaisir de découvrir le cépage. Tout en décrivant le vin, Jean-Marc Bentzinger donnait quelques éléments comme la couleur soutenue, peut être le signe de l’âge, de la maturité du raisin ou d’une altération du vin, ou il a rappelé que le premier nez est important car il développe les arômes les plus fragiles et fugaces.

Le premier vin était un Sylvaner 1996 du domaine Wunch-Mann de Wettolsheim, avec une couleur soutenue, un premier nez floral, puis des arômes de fruits mûrs et une bouche citronnée et minérale. Ce Sylvaner reste jeune. Avec l’âge, le Sylvaner peut se confondre avec le Riesling. Le Sylvaner représente actuellement 7 % du vignoble ; il y a 30 ans c’était 27 %.

Le second vin était un Muscat 1996 du domaine André Schneider d’Eguisheim à la robe soutenue, au disque épais, aux arômes de menthe poivrée, le mentholé étant typique des vieux Muscats, tilleul puis musc et anis, en bouche une acidité large, fraiche et une légère amertume. Mais pas une amertume du pressurage associée à une astringence mais amertume du fruit plus douce qui participe à la persistance du vin. Le Muscat est le plus vieux cépage avec le Riesling cultivé en Alsace, il ne représente que 2 à 3 % de la production du vin d’Alsace. Le millésime 96 était un millésime froid avec une belle récolte et de beaux équilibres entre acide tartrique et acide malique. C’est un millésime de garde.

Les deux vins suivants sont de 1986 qui est un millésime moyen plus, très hétérogène, de Rouffach à Colmar ; c’était un beau millésime, le nord de l’Alsace a eu un plein rendement, alors qu’à Guebwiller la pourriture noble s’était développée. Le Riesling 86 de Heim (qui n’existe plus) de Westhalten, une bouteille sur les deux servies était bouchonnée mais on pouvait tout de même distinguer des arômes de pierre à fusil et de citron confit, la bouche était grasse, volumineuse, avec une acidité large et une belle structure.

Le Tokay Pinot-Gris 1986 du domaine Bott-Geyl de Beblenheim présentait deux évolutions différentes sur les deux bouteilles. Une était évoluée avec des arômes de pommes blettes caractéristiques et l’amertume en fin de bouche, l’autre était bouchonnée. Ce sont les risques quand on déguste des vieux vins, comme disait une participante « à un certain âge on ne déguste plus un vin, mais une bouteille ».

Jean-Marc a profité de ces défauts pour rappeler l’importance du travail du vigneron dans ses vignes pour obtenir un bel équilibre dans les vins. Il a illustré les travaux viticoles par « le vigneron n’est plus un exploiteur de vignes mais un confident, ce qui permet de produire des vins d’émotion ». Hervé Bachmann a expliqué que le travail du viticulteur a évolué et que le vignoble alsacien prend le tournant d’une viticulture de précision qui s’adapte à chaque plant de vigne.

1976 était une année de sécheresse qui demandait aux viticulteurs de s’adapter au climat, ne pas écimer la vigne pour éviter les brûlures du raisin. Les interventions du viticulteur doivent être réfléchies et adaptées pour gommer les défauts du millésime.

Le domaine Jossmeyer de Wintzenheim a su s’adapter à cette sécheresse ; pour preuve ce Riesling au nez complexe de fumé, de pierre à fusil, agrume et à la bouche droite, ample, minérale, longue, épicée et harmonieuse. Certainement le meilleur vin de la série.

Le Gewurtztraminer du Domaine Pierre Sparr de Sigolsheim a un nez très complexe de fruit exotique, rose, poivre, abricot, mais très volatile ; après du repos les arômes de fleur d’oranger et de cannelle se développent. Le cépage Gewuztraminer peut développer jusqu’à 500 arômes. Mais la bouche est alcoolisée, légère et manque d’acidité.

Le dernier vin est un Riesling 1966 du Domaine Giselbrecht de Damnbach-La-Ville. 66 est un millésime qui a souffert avec beaucoup de grêles et il est le résultat de beaucoup d’à coups climatiques des années 60. Ce vin a une couleur or très soutenue, un nez de gingembre et pierre à fusil, une bouche poivrée avec une minéralité granitique et une amertume en finale.

Cette séance a été très appréciée. C’est un rare moment de découverte de flacons qu’on ne peut déguster ailleurs. Ce genre de manifestation prouve que les vins d’Alsace sont des vins de garde.