Si le millésime 2021 a été marqué par une pluviométrie exceptionnelle et une forte pression des maladies cryptogamiques, la première moitié du millésime 2022 se démarque par des conditions exceptionnellement chaudes et sèches.

La situation au vignoble est particulièrement contrastée, tant pour le stade de la vigne (précocité et décalage de phénologie) que sur le statut hydrique des différentes sous-régions. Ces conditions climatiques, inédites aussi tôt en saison, semblent d’ailleurs perturber la fiabilité du modèle d’estimation de récolte. Ces prélèvements, qui ont eu lieu le 24 juin, c’est-à-dire en amont des fortes pluies du week-end du 26-27 juin, auront sans aucun doute un impact positif sur le futur potentiel de récolte. Le potentiel estimé en 2022 est donc à analyser avec une extrême prudence. En tout état de cause, le calcul permet d’estimer un potentiel d’environ 900 000 hl pour le millésime 2022 soit une deuxième année consécutive sous le seuil de commercialisation global de la région.

La fertilité du millésime 2022 est moyenne à élevée selon les cépages, en lien avec une période d’initiation florale tout à fait favorable en 2021 et probablement un phénomène de compensation du millésime précédent. L’estimation reflète la sécheresse printanière qui a déjà impacté négativement le potentiel de production dans certaines sous régions. Le millésime 2022 est déjà remarquable par les données climatiques enregistrées depuis la fin du mois d’avril. La pluviométrie particulièrement faible à Colmar (175 mm entre le 1er janvier et le 20 juin) associée à des températures très douces ont installé le vignoble dans un scénario de précocité associé à un stress hydrique printanier intense.

Le mois de mai 2022 a été le plus chaud enregistré sur le poste de Colmar depuis 1972 et présentait une pluviométrie de 15 mm seulement. Le mois de juin a suivi le même scénario avec 21 mm de précipitation, des températures chaudes dont des pics à plus de 37 °C. Ces conditions impactent directement la physiologie de la vigne avec un arrêt de croissance et un ralentissement de la multiplication cellulaire des baies (faible taille de baies) ainsi que des phénomènes de coulure (moins de baies par grappe). Le phénomène a plus ou moins impacté les différents secteurs, en lien avec la réserve utile qu’offre la diversité des terroirs ou des facteurs tels que la concurrence ou la vigueur générale des parcelles. Par conséquent le poids moyen des grappes observé en 2022 est inférieur à la moyenne, voire très en retrait notamment pour le gewurztraminer. La situation hydrique jusque-là particulièrement défavorable a été améliorée par les épisodes orageux entre le 24 et le 27 juin qui ont stabilisé la situation hydrique sur l’ensemble du vignoble. Mais l’absence de pluie et les fortes chaleurs caniculaires annoncées pour la mi-juillet laissent présager un nouvel impact notoire sur le grossissement des baies. Compte tenu de la précocité du millésime, la véraison des secteurs les plus précoces devraient démarrer fin juillet, avec une probable mi-véraison s’étalant de début à mi-aout entre les cépages précoces et cépages tardifs.

Les prélèvements pour les estimations de récolte 2022 ont été réalisés le 23 juin 2022. Cette évaluation quantitative s’appuie sur les travaux de modélisation établis par l’INRAe de Colmar. Les comptages et les prélèvements s’appuient sur un réseau de 200 parcelles représentatives de l’encépagement, des spécificités pédoclimatiques Alsaciennes et de l’état sanitaire du vignoble. La fiabilité du modèle est étroitement liée au moment où sont réalisés les prélèvements ce qui nécessite une forte mobilisation des techniciens des diverses structures locales. Comme chaque année le bon déroulement des opérations a pu être réalisé grâce à la participation active de l’IFV, de la Chambre d’agriculture, de l’AVA et du CIVA et EPLEFPA.