Avec ses beaux terroirs classés – le Pfersigberg et l’Eichberg – et ces coteaux hautement qualitatifs qui les entourent, Eguisheim bénéficie depuis longtemps d’une réputation tout à fait justifiée pour ses grands vins blancs.

Ceci dit, ça fait quelques années que goûte des pinots noirs produits par certains vignerons de ce village et à chaque nouvelle dégustation je suis conquis par la prestance de ces vins qui associent force et souplesse pour révéler une élégance que je retrouve habituellement dans les grandes cuvées de la Côte d’Or.

J’ai donc sollicité quelques vignerons réputés d’Exa pour m’aider à mettre en lumière ces grands rouges qui, à mon avis, ne sont pas encore reconnus à leur juste valeur.

Après consultation de mes notes de dégustation et suivant les conseils avisés de quelques amis vignerons, j’ai établi une liste de 8 domaines à visiter :

  • domaine Mann – Vignoble des 3 Terres
  • domaine Albert Hertz
  • domaine Hebinger
  • domaine Ginglinger
  • domaine Emile Beyer
  • domaine Paul Ginglinger
  • domaine Paul Gaschy
  • domaine Zinck

Pour mener à bien cette enquête vineuse, j’ai prévu 2 journées sur place et 2 rendez-vous par demi-journée avec un protocole de visite très rigoureux qui demandera notamment à chaque vigneron de ne pas présenter plus de 4 vins…une contrainte qui va probablement être difficile à respecter pour eux comme pour moi mais on verra bien !

Hoppla, c’est parti

Eguisheim au début du printemps 2021…mais où sont les touristes !

Domaine Paul Ginglinger

Comme une petite urgence familiale – imprévue mais sans gravité heureusement – me contraint à anticiper mont retour dans la Bas-Rhin, je me vois dans l’obligation d’enchaîner mes trois rendez-du jour entre 9 heures et 12H30… j’ai l’impression que la suite de mon enquête sur les grands pinots noirs d’Eguisheim va être encore être très « sportive » !

Pour bien commencer cette matinée, j’ai choisi d’aller rendre visite à Michel Ginglinger, un vigneron qui, avec sa cuvée de pinot noir Les Rocailles 2011, a été le premier à attirer mon attention sur les pinots noirs d’Eguisheim…et partage donc avec Mathieu Ginglinger et Christian Beyer la lourde responsabilité de mon addiction à ces grands vins rouges alsaciens.

Il est un peu plus de 9 heures du matin, j’informe rapidement Michel de mes nouveaux impératifs et nous partons en direction du chai à barriques du domaine pour parler « pinot noir ».

Allez, on attaque notre sujet sans tarder : 

Les pinots noirs du domaine, comment c’est fait ?

  • Culture : biologique (certification en 2018), parcelles enherbées, sols travaillés sous le rang.
  • Vendanges : manuelles avec tri sévère à la vigne.
  • Egrappage : 10 à 20% de vendange entière selon le millésime
  • Macérations : 15 jours sans ajout de SO2
  • Fermentations : naturelles sans levurage
  • Elevage : 12 mois en pièces bourguignonnes de plusieurs vins, provenant du domaine Rousseau. Pas de sulfitage.
  • Les transports de jus se font par gravité, les vins ne sont pas collés mais subissent une légère filtration avant la mise.

Michel dans sa « nursery »

Le pinot noir classique est réalisé à partir d’un assemblage de 2 parcelles situées sur des terroirs marno-gréseux des lieux-dits Finkenshausen et Hinterrer Eich (inclus dans les limites du Grand Cru Eichberg).

Le pinot noir Les Rocailles provient exclusivement d’une vigne de 50 ans plantée sur une parcelle marno-gréseuse riche en argiles située au cœur du Grand Cru Eichberg dans le bas du lieu-dit Mittlerer Eich : « un sol qui donne des vins avec beaucoup de polyphénols ».

Le haut et le bas de cette parcelle sont travaillés différemment et vinifiés à part : « le sol du haut est plus riche en argiles alors que vers le bas la vigne pousse pratiquement sur la roche »…d’où le nom de cette cuvée.

Comme nous sommes sur place, Michel me propose de découvrir les vins de 2020 en cours d’élevage…allez, on sort la pipette !

  • Pinot Noir 2020 : nez d’une belle finesse avec un fruité pur et profond, bouche puissante et séveuse, équilibre tonique et tanins fondants, finale longue et digeste.

Avec sa matière pleine de fruit et d’énergie, sa texture très caressante et sa finale bien sapide, ce pinot noir se laisse approcher dès aujourd’hui avec une grande facilité tout en promettant encore de belles émotions gustatives à venir.

  • Pinot Noir Les Rocailles 2020 (secteur du bas) : aromatique très discrète, jus puissant et concentré, acidité large, tanins serrés mais bien mûrs, finale assez gourmande.
  • Pinot Noir Les Rocailles 2020 (secteur du haut) : jus toujours très concentré mais toucher de bouche très onctueux et acidité plus longue.

L’assemblage final sera fait avec ¼ du volume provenant du secteur bas et ¾ du volume provenant du secteur haut…et si aujourd’hui ces vins révèlent des profils un peu différents – surtout au niveau de la structure en bouche – on sent bien qu’ils vont parfaitement se compléter pour donner naissance à un Rocailles 2020 de toute beauté…je crois qu’on trouvera de très grands pinots noirs en Alsace sur ce millésime…qu’on se le dise !

La suite de la dégustation se passe au caveau où Michel a préparé 3 bouteilles :

  • Pinot Noir Les Rocailles 2019 : nez d’une élégance folle, palette florale soutenue par un boisé très délicat, matière dense et onctueuse assise sur un support acide/tannique solide, équilibre bien gourmand, belle persistance aromatique en finale.
  • Pinot Noir Les Rocailles 2017 : nez mûr et racé, notes de fruits noirs sur un fond rose et violette, bouche ample et concentrée, équilibre très tonique, finale persistante avec un retour aromatique fruité, épicé et légèrement torréfie.
  • Pinot Noir Les Rocailles 2015 : expression aromatique complexe qui s’ouvre sur de belle notes de cacao et de café moulu avant de laisser s’épanouir un joli bouquet floral (rose et violette comme le 2017), bouche puissante et volumineuse, texture veloutée, finale sapide avec un grain salin et minéral bien salivant.

J’ai découvert cette cuvée avec le millésime 2011 – un pinot noir magnifique…et il n’y en a pas eu tant que ça cette année en Alsace ou en Bourgogne – et depuis lors j’ai eu l’occasion de déguster toutes les années impaires qui ont suivi : 2013 et 2015 qui sont déjà dans ma cave, 2017 et 2019 qui vont y entrer incessamment.

C’est un vin remarquable de finesse, d’élégance et de constance marqué par une sublime aromatique florale dont on peut profiter dès les premières années. J’adore !!!

Les Rocailles 15, 17 et 19 une très belle série de millésimes impairs.

Pour être un peu plus complet, je vous retranscris ci-dessous les notes de dégustation de l’édition 2018 de Rocailles, faite lors d’un passage en coup de vent au domaine quelques jours après cette visite.

  • Pinot Noir Les Rocailles 2018 : nez très charmeur avec une belle palette fruitée bien mûre soutenue par des notes d’eucalyptus, bouche généreuse, texture onctueuse avec un joli gras, structure souple et déliée, finale tonique avec une petit grip tannique stimulant.

Avec son expression aromatique séduisante et sa présence en bouche très avenante, cette cuvée qui commence à faire son apparition sur le tarif du domaine, se déguste avec facilité et plaisir dès maintenant tout en laissant deviner un vrai potentiel de garde.

Je crois que c’est le premier millésime pair que je goûte en bouteille mais le style « Rocailles » que j’aime est bien là.

Michel Ginglinger est un vigneron que je connais depuis des années mais à chaque nouvelle rencontre j’éprouve le même sentiment d’admiration pour la qualité de son travail et de sa production vinique. Je ne vais donc pas m’étendre outre mesure sur la présentation de ce domaine maintes fois évoqué sur mon site mais plutôt rester focalisé sur le sujet du jour.

Les pinots noirs de Michel sont des modèles de finesse, d’équilibre et de buvabilité : le résultat d’une viticulture précise qui assure la maîtrise des rendements (30 à 40 hl/ha pour les pinots noirs) et qui laisse à la vigne la possibilité d’exprimer la quintessence de son terroir et d’un travail en cave tout en délicatesse avec des extractions bien dosées et des élevages qui magnifient les jus sans les marquer.

Je ne connaissais que très peu la cuvée classique mais j’ai été rapidement conquis par la belle prestance de pinot noir élevé en pièces bourguignonnes de noble origine.

De son côté, la cuvée de pinot noir « Les Rocailles » a encore une fois prouvé qu’elle mérite une place de choix parmi les grands vins rouges d’Alsace…et d’ailleurs.

Mille mercis à Michel pour son accueil.

Le Domaine Ginglinger Paul

Article de Pierre Radmacher, vous pouvez le suivre sur le site Vins, Vignobles et Vignerons

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