Le weekend dernier le Domaine Charles Frey de Dambach-la-Ville organisait leurs traditionnelles portes ouvertes, mais une petite nouveauté a fait son apparition. En effet le domaine familial proposait pour la première fois une soirée accords mets/vins et au regard du menu proposé, cette soirée promettait d’être des plus alléchante.

Pour rappel, le Domaine Charles Frey aujourd’hui c’est Nathalie et Dominique (les parents), Julien et Thiébaud (les enfants). Ils exploitent 19 ha de vignes, principalement à Dambach-la-Ville (dont le Grand Cru Frankstein), en Agriculture Biologique depuis 1997 et Biodynamique depuis 2001.

Et c’est parti pour une soirée de découvertes. A 20h l’accueil est fait par Nathalie Frey qui place les quelques quarante convives dans la grande salle du caveau de dégustation.

La soirée débute avec un Frauenberg 2016, accompagné d’une verrine de ceviche de dorade au guacamole (citronné et très légèrement épicé). Le Frauenberg est un vin d’assemblage (Riesling, Pinot Gris et Sylvaner) provenant du lieu-dit éponyme situé dans le Grand Cru Frankstein. Nonobstant la présence du guacamole, la verrine est d’une grande fraicheur, l’accord matche bien avec un Frauenberg qui possède une attaque certes souple, mais un milieu et une fin de bouche d’une grande salinité. C’est un vin qui est basé sur la verticalité, la fraicheur, qui n’écrase pas le plat mais qui prépare le palais à la prochaine bouchée.

Le deuxième accord est un foie gras de canard accompagné d’une compotée de coing (légèrement vanillée), un trait de gelée de cassis non sucrée et une petite brioche, le tout servi avec un Pinot Gris Quintessence 2011. Contrairement au plat précédent, on est là sur un accord d’accompagnement avec un Pinot Gris Quintessence 2011 (élevé en barrique) qui est issu d’une jeune parcelle du Grand Cru Frankstein, jusqu’au moment où ils seront à pleine maturité pour être revendiqué comme Grand Cru… d’où le fait que ce vin n’est plus actuellement dans la gamme du domaine.

C’est un vin qui a pris son temps pour s’ouvrir, mais une fois ouvert c’est une explosion. On a un vin à maturité phénolique très proche d’une vendange tardive avec des notes de cire d’abeille, de coing, avec une bouche ample et des sucres bien fondus, et surtout une finale équilibrée entre amertume et acidité… un très beau vin qu’il fallait un peu oublier pour encore mieux l’apprécier plus tard.

Entre les plats et tout au long de la soirée, Dominique, Julien et Thiébaud interviennent pour expliquer en toute simplicité la genèse de chaque vin et ce qui a poussé au choix de tel ou tel accord. C’est ensuite au chef de cuisine de Chez Arnold (Itterswiller) de faire l’explication de chaque plat et de faire comprendre aux convives pourquoi certains vins proposés n’étaient pas les plus évidents… d’où des choix qui peuvent paraitre audacieux.

Le plat principal est un filet de canette aux cèpes d’Alsace avec une sauce au pinot noir Quintessence et accompagné d’un gratin de potimarron au jambon, servi avec un Pinot Noir Quintessence 2011. Il faut savoir que le Pinot Noir et le Domaine Frey c’est une longue histoire. Dès le début des années 2000, le domaine a souhaité élaborer des Pinot Noir de gastronomie et pour ce faire, dès 2003, a commencé à les élever en barrique. Le Pinot Noir Quintessence 2011 est principalement issu d’un terroir granitique (Dambach-la-Ville, Scherwiller et Châtenois), il profite d’un élevage en barrique durant 24 mois (dont 10/15 % de barriques neuves). Le vin était très équilibré et exprimait pleinement son potentiel dès le premier nez (cerise, moka), en bouche c’était wouah… les tannins était fondus et très persistants. Le vin accompagnait très bien le plat, il sublimait la canette dont la cuisson était impeccable… un accord qui semble une évidence, mais mis en valeur par des produits de grande qualité.

Le fromage proposé sous forme de mouillettes de vieux Comté (12mois) et d’une compote de poire à la badiane, était servi avec un Crémant Quintessence 2013. Le Crémant Quintessence 2013 est la première cuvée que Julien a souhaité lancer, c’est un assemblage d’Auxerrois, Pinot Blanc et Riesling issus majoritairement de terroir granitique. Pour obtenir cette cuvée, le domaine n’utilise que le coeur de presse, le vin est dosé à 2g  de sucre résiduel, 24 mois de barrique et pour finir 36 mois sur lattes.

C’est un accord un peu particulier sur le papier et qui à la base n’était pas du tout le choix du domaine ; c’est le chef qui demanda un vieux crémant… Très bon choix au final puisque la compote adoucissait le fromage, le crémant lui accentuait les arômes du Comté et en plus apportait une fraicheur bienvenue pour en reprendre, d’autant plus qu’il a également été servi carafé.

Cette belle soirée se finira sur un assortiment de truffes aux chocolats et brownie, accompagné d’un Riesling Grand Cru Frankstein 2004. Encore un accord qui sur le papier semble antinomique, le vin est large, ample et gras, avec des notes d’évolution qui contrebalance bien l’amertume du chocolat… un vin qui a encore de l’avenir.

Pour une première soirée accords mets/vins pour le Domaine Charles Frey… c’est une réussite.

Bravo et vivement la prochaine !