C’est hier soir, à la Maison des Vins d’Alsace, qu’avait lieu la conférence de presse de l’AVA  (Association des Viticulteurs d’Alsace) suite à leur Assemblée Générale qui s’était déroulée en matinée. Les journalistes présents se sont étonnés du changement de programme. En effet, pour la première fois, cette AG était ouverte uniquement aux adhérents et la presse n’était pas conviée. Comme le précise Jérôme Bauer (Président de l’AVA), pour la plupart des autres régions viticoles, la presse est rarement invitée à ce type de réunion. De plus la capacité d’accueil n’était pas suffisante ce matin là pour les adhérents et les représentants de la presse. De plus, depuis quelques jours des tensions assez fortes se faisaient sentir au sein du vignoble, qui n’étaient plus très présentes lors de la réunion, mais personne ne pouvait savoir comment allait se passer cette matinée. L’AVA n’a aucun souci avec la presse, mais souhaitait une AG dans les meilleures conditions, mais également que chacun puisse s’exprimer librement, certains vignerons préférant parler de façon anonyme, sans se retrouver exposés ensuite dans la presse.

Cette parenthèse fermée, la réunion peut se poursuivre et rentrer dans le vif du sujet, à savoir les vendanges 2019.

Les dates de vendanges ont été annoncées

  • Le 4 septembre pour les crémants,
  • Le 12 septembre pour les AOC Alsaciens et « Alsace Grand Cru et Lieu-dit » à l’exception  de :
    1. l’ AOC « Alsace Grand Cru Bruderthal » : vendredi 20 septembre
    2. l’AOC « Alsace Grand Cru Praelatenberg » : lundi 23 septembre
    3. l’AOC « Alsace Grand Cru Altenberg de Bergheim » : vendredi 27 septembre
  • Le 27 septembre pour les Vendanges Tardives et les Sélections de Grains Nobles.

La maturité des raisins ayant explosé en une semaine, en prenant plus de 2 degrés, cela a précipité les choses, les vendanges étant initialement prévues autour du 10 septembre. Il y a dix jours, les acidités présentes étaient très intéressantes. Les fortes chaleurs de ces derniers jours ont fait baisser cette acidité ; cependant, ces dernières restent plutôt bonnes, sachant que la baisse des températures annoncées pour les prochains jours vont préserver la maturité.

L’état sanitaire des raisins est bonne même si les raisins mûrs sont plus fragiles. Il faut espérer maintenant que les conditions climatiques resteront bonnes (pas trop chaud, pas trop froid et surtout pas trop de précipitations) pour les semaines à venir.

Le millésimes 2019 sera un millésime avec une récolte peu abondante, mais de qualité, les pluies de début août ayant « sauvé » les parcelles les plus fragiles et celles en stress hydrique, en permettant un déblocage au niveau des vignes. 980.000 hectolitres sont estimés, cependant les vendanges seront assez hétérogènes, avec par exemple, le vignoble de Cleebourg ou la région de Barr, qui ont eu moins de pluie, donc des récoltes beaucoup plus impactées par les fortes chaleurs, auront des récoltes inférieures aux estimations, avec une estimation de 35 hectolitres/ha, cette moyenne variera de 16 à 50 hectolitres/ha selon les zones.

Il y a une semaine, le millésime 2019 rappelait celui de 2010. Actuellement, il se rapproche plus de celui de 2015, un millésime plutôt marqué par la chaleur. Chaleur qui marque les Pinots Noirs, ainsi que leur maturité phénolique, qui sont de bonne qualité avec de belles acidités.

L’hétérogénéité se sentira aussi entre les cépages, avec des Guewurztraminer, qui auront des rendements inférieurs à 2018. Ce cépage plutôt volage, a tendance à se « reposer » après une année où il a produit plus. De son coté, les Riesling ont souffert de la chaleur lors de la floraison, ce qui se ressentira également sur les rendements.

La problématique du recrutement des vendangeurs a également été abordée problématique générale du vignoble.

Les conditions de production

Le débat principal de cette matinée, qui fut assez long, portait sur les conditions de production et les rendements. Pour le millésime 2019, la nature a déjà fait son travail, le status quo est donc voté (80 hectolitres/ha). De fait, il faut maintenant regarder vers l’avenir et donc vers N+1. Rendez vous est donc donné aux différentes filières des Vins d’Alsace, le 9 Septembre, pour construire ensemble une méthodologie de travail à court et moyen terme. En effet, une certaine négligence sur une vision à long terme du vignoble a été constatée ces dernières années. Ce rendez vous sera donc l’occasion de construire une méthodologie, mais aussi avoir une réflexion sur le positionnement des Vins d’Alsace dans sa commercialisation. Une fois le placement choisi, il faudra trouver les moyens à mettre en oeuvre pour y arriver.

L’objectif de tout cela est d’éviter une baisse de revenus pour les viticulteurs, tout en ayant une vision à moyen et long terme pour pérenniser la filière. Derrière cette réflexion se cache une réalité assez variable ; actuellement le prix est fixé selon l’indexation. Cette méthode de calcul est à double tranchant, comme par exemple cette année où l’indexation est négative. De leur coté, les caves coopératives ont conclu un accord dans lequel elles maintiendront leur prix d’achat. Cette politique est une volonté générale qui préfère maintenir ses prix au détriment des viticulteurs, qui sont les actionnaires de ces entreprises. De leur coté, les négociants proposent des prix inférieurs, additionnés à une indexation négative, avec des baisses allant jusqu’à moins 20 %. En plus de prix très variables, un jeu sur les cépages a lieu depuis quelques années (le crémant se maintient, le Riesling est en hausse, mais le prix pour les Pinots Gris et les Gewurztraminer eux baissent).

Mais quel que soit le type d’entreprise, les revenus seront en baisse suite aux rendements plus faibles, avec des pertes plus ou moins importantes selon chacun.

Il faut toutefois noter que malgré des difficultés du coté des vendeurs de vrac, l’année 2019 a vu augmenter les volumes de ventes sur ces 7 premiers mois pour 356 entreprises (contre 14 l’an passé à la même période). Cette dynamique peut être liée à la nouvelle campagne de communication des Vins d’Alsace, que chacun doit s’approprier, mais aussi à la dynamique de chacun, de développer son marché et d’en conquérir de nouveaux. La France est le 1er marché des Vins d’Alsace,  c’est un marché à la baisse, avec les campagnes de communications de l’état, qui n’ont pas aidé la filière, qui est touchée en Alsace mais également dans le Bordelais et en Champagne (-16 %), soit une réelle crise sur le marché national. Il faut donc être dynamique pour s’en sortir.

Parmi les questions qui se posent :

  • Faut il baisser les rendements pour valoriser les vins, produire moins pour mieux vendre ?
  • Faut il se positionner sur des prix de 4 à 6 euros la bouteilles, 6 à 8 ou 8 à 10 ?
  • Faut il autoriser le BIB ?
  • Faut il fixer un prix fixe comme en champagne plutôt que de suivre l’indexation ?
  • Quelles sont les solutions pour l’avenir, l’irrigation, mais aussi les solutions alternatives ?

L’avenir

Il faut être confiant dans l’avenir. Cependant, la conquête de nouveaux marchés demande du temps et de l’argent (un marché est plus vite perdu que gagné), il faut être dynamique. Il faut aussi changer les mentalités, que ce soit du consommateur, de la grande distribution mais aussi de la filière. Les Vins d’Alsace étant des vins de garde, il n’est peut-être pas toujours pertinent de les vendre dans l’année suivant le millésime ; il faut aussi apprendre à faire du stock. Le Comité Régional de l’INAO se réunira à partir du 5 septembre pour débattre, pour une prise de décision en novembre, qui sera ensuite validée par l’INAO. Il faut travailler vite (après les vendanges) pour préparer au mieux 2020. Il faut essayer de tenir compte des demandes, des attentes et des contraintes de chacun pour prendre une décision la plus juste possible afin de rester dans une dynamique de groupe pour l’avenir de la filière Vins d’Alsace.

Bilan

Les discutions ont été courtoises et constructives, mieux que celles qui ont pu avoir lieu au printemps dernier, des propositions et des contrats ont été faits. Chacun à pu se rendre compte que, malgré des profils différents, ils ne sont pas si loin les uns des autres. L’objectif est de travailler sur des propositions concrètes, car le statut quo n’est pas une solution pour l’avenir. Il faut continuer sur la dynamique positive dans laquelle les Vins d’Alsace est actuellement et travailler ensemble, pour ne pas créer de fractures au sein de la filière. Malgré tout, celui qui aura le dernier mot… restera l’INAO.

Association des Viticulteurs d’Alsace